JurimetriaThemia

Dommage corporel

Souffrances endurées : la cotation, clé des montants (2022–2026)

À cotation égale, le juge administratif alloue la moitié de ce qu’alloue le juge judiciaire au titre des souffrances endurées, et les montants judiciaires se tiennent dans les fourchettes du référentiel des cours d’appel, inchangées en euros courants depuis 2020. Plus de 13 000 décisions rendues de 2022 à 2026 : répartition des cotations, dispersion des montants à cotation égale, femmes et hommes, évolution au regard de l’inflation.

Publié le 28 septembre 2026

Méthodologie

Les souffrances endurées réparent les souffrances physiques et psychiques endurées par la victime du fait de l’atteinte à son intégrité et des traitements, interventions et hospitalisations qu’elle a subis, du jour du dommage à celui de la consolidation. Après la consolidation, les souffrances chroniques relèvent du déficit fonctionnel permanent. L’expert les évalue sur une échelle de 1 à 7, le juge les convertit en somme d’argent. Un montant isolé est donc muet : 8 000 € correspondent à la borne haute d’une souffrance « modérée » (3/7) et à la borne basse d’une souffrance « moyenne » (4/7) dans le référentiel des cours d’appel. Toute lecture des montants passe ici par la cotation, et la cotation est elle-même étudiée comme une donnée : sa répartition, ses demi-degrés, ses liens avec le fait générateur, le déficit fonctionnel permanent, l’âge et le sexe de la victime.

Corpus. Environ 13 300 décisions allouant une somme au titre des souffrances endurées, rendues de 2022 à septembre 2026 par les tribunaux judiciaires (49 %), les cours d’appel (25 %), les tribunaux administratifs (21 %) et les cours administratives d’appel (6 %). La cotation retenue est connue dans 84 % d’entre elles ; tout ce qui croise montant et cotation porte sur ces décisions.

Montants. Somme fixée par la décision au titre du poste, avant imputation éventuelle des prestations d’un tiers payeur. Pour décrire la dispersion à cotation égale, le rapport donne cinq repères :

  • le premier décile (P10) : un montant sur dix est inférieur ;
  • le premier quartile (P25) : un montant sur quatre est inférieur ;
  • la médiane : la moitié des montants est inférieure ;
  • le troisième quartile (P75) : trois montants sur quatre sont inférieurs ;
  • le dernier décile (P90) : neuf montants sur dix sont inférieurs.

L’intervalle entre P25 et P75 contient la moitié centrale des montants ; celui entre P10 et P90 en contient huit sur dix.

Référentiels et indices de comparaison.

  • Référentiel indicatif de l’indemnisation du préjudice corporel des cours d’appel, septième version (septembre 2024), rapproché de ses versions de septembre 2020 et du référentiel régional de 2011.
  • Référentiel indicatif d’indemnisation par l’ONIAM (1er juillet 2025), pour l’ordre administratif.
  • Indice des prix à la consommation de l’INSEE (moyennes annuelles), pour la chronologie.

Les référentiels sont indicatifs et ne lient pas le juge, qui apprécie souverainement l’étendue du préjudice. Les rapprochements qui suivent décrivent une correspondance de fait entre des montants et des fourchettes ; ils ne disent rien du respect d’une norme.

Ce que montrent les données

  • Un poste coté au milieu de l’échelle. La cotation médiane est de 3/7 ; près de trois décisions sur quatre (73 %) retiennent une cotation comprise entre 2 et 4/7. Une décision sur quatre se situe à 2/7 ou en deçà, une sur trois à 4/7 ou au-delà. Près de quatre cotations sur dix (39 %) sont des demi-degrés.
  • La cotation varie avec la gravité de l’atteinte. Les accidents médicaux portent la cotation médiane la plus élevée (4/7), les accidents de la circulation et les infractions pénales la plus basse (2,5/7). La cotation monte avec le taux de déficit fonctionnel permanent, de 2/7 sous 5 % de déficit à 6/7 au-delà de 85 %.
  • Le montant suit la cotation. Dans l’ordre judiciaire, la médiane passe de 2 000 € à 1/7 à 4 000 € à 2/7, 6 100 € à 3/7, 15 000 € à 4/7, 30 000 € à 5/7 et 50 000 € à 6/7.
  • Deux échelles selon l’ordre de juridiction. À cotation égale, les juridictions administratives allouent la moitié de ce qu’allouent les juridictions judiciaires : 1 000 € contre 2 000 € à 1/7, 7 500 € contre 15 000 € à 4/7, 25 000 € contre 50 000 € à 6/7. Les victimes demandent à peu près la même chose devant les deux ordres ; devant le juge administratif, la décision médiane se tient au niveau de l’offre ou tout près.
  • Des montants adossés aux bornes des référentiels. De 80 à 95 % des montants judiciaires se situent dans la fourchette du référentiel des cours d’appel. Aux degrés entiers, trois montants sur quatre ne dépassent pas la borne haute de la fourchette, et cette borne est la somme la plus fréquente à 1/7 (2 000 €) et à 2/7 (4 000 €). Les médianes administratives se situent à l’intérieur des fourchettes de l’ONIAM à chaque degré.
  • À cotation égale, ni le fait générateur, ni l’âge, ni le décès de la victime ne déplacent la médiane judiciaire. À 4/7, elle est de 15 000 € pour chacun des quatre principaux faits générateurs, à presque tous les âges, et pour les victimes décédées. Ces circonstances vont de pair avec des cotations différentes, non avec une conversion différente de la cotation en somme.
  • Un écart brut entre femmes et hommes qui disparaît à cotation égale. Dans l’ordre judiciaire, la médiane allouée aux femmes est inférieure d’un tiers à celle allouée aux hommes toutes cotations confondues ; à chaque demi-degré de 1 à 6/7, les médianes sont identiques ou quasi identiques. Les femmes reçoivent en moyenne des cotations un peu plus basses et sont moins souvent victimes d’accidents du travail.
  • Des montants figés en euros courants. Devant les cours d’appel, la médiane allouée reste de 15 000 € à 4/7, 20 000 € à 4,5/7 et 30 000 € à 5/7 chaque année de 2022 à 2026. Les prix ayant augmenté d’environ 8 % de 2022 à 2025, la réparation d’un même degré a reculé d’environ 8 % (médianes) à 13 % (moyennes) en euros constants.
  • Ce qui porte un montant hors de la fourchette. Dans les décisions lues, les montants supérieurs à la fourchette s’appuient sur les circonstances du dommage, le très jeune âge de la victime ou une souffrance psychique que la cotation n’avait pas saisie ; une décision alloue 180 000 € à un grand brûlé coté 7/7.

I. Le corpus — décisions par année et par juridiction

Le corpus couvre les décisions rendues de 2022 à septembre 2026 ; les deux années extrêmes sont incomplètes. Sa composition change au fil du temps : les jugements des tribunaux judiciaires n’y figurent qu’à partir de la fin de 2023, alors que les arrêts des cours d’appel et les décisions administratives sont présents dès 2022. Les cours d’appel forment ainsi, dans l’ordre judiciaire, la seule série homogène sur cinq ans ; c’est sur elles que la partie VI mesure l’évolution des montants.

-981 2992 69620222023202420252026
  1. Tribunal judiciaire
  2. Cour d'appel
  3. Tribunal administratif
  4. Cour administrative d'appel
4 de 2022 à 2026. .

Recalculé le 28 septembre 2026

II. La cotation comme objet — répartition des cotations retenues

Les souffrances endurées indemnisées se concentrent au milieu de l’échelle. La cotation la plus fréquente est 2/7 (17 % des décisions), suivie de 3/7 (16 %), de 2,5/7 (15 %) et de 4/7 (13 %). Près de trois décisions sur quatre (73 %) retiennent une cotation comprise entre 2 et 4/7 ; une sur quatre (25 %) retient 2/7 ou moins, une sur trois (33 %) 4/7 ou plus. Les cotations de 6,5 et 7/7 concernent moins d’une décision sur cent.

Les demi-degrés représentent 39 % des cotations. Aucune fourchette des référentiels ne leur correspond : tous raisonnent en degrés entiers.

0.00.51.01.51 9372.02.53.03.54.04.55.05.56.06.57.0
11 106 sur .

Recalculé le 28 septembre 2026

Cotations retenues selon la juridiction

Les cotations ne se répartissent pas de la même façon selon la juridiction.

JuridictionCotation médianeCotation moyennePart à 4/7 ou plusPart de demi-degrés
Tribunal judiciaire2,5/72,9/721 %42 %
Cour d’appel3,5/73,6/744 %40 %
Tribunal administratif3,5/73,6/744 %32 %
Cour administrative d’appel4/73,9/758 %32 %

Les jugements des tribunaux judiciaires portent les cotations les plus basses : un sur quatre retient 2/7. Les arrêts d’appel, judiciaires comme administratifs, portent des cotations plus élevées que les décisions de premier ressort. Les demi-degrés sont plus fréquents dans l’ordre judiciaire (42 %) que dans l’ordre administratif (32 %). La ligne du Conseil d’État ne compte que deux décisions.

Juridiction ↓ / Cotation des souffrances endurées (sur 7) →
0
0,5
1
1,5
2
2,5
3
3,5
4
4,5
5
5,5
6
6,5
7
Tribunal judiciaire
1
26
146
298
1 410
1 093
870
655
565
256
236
65
68
8
5
Tribunal administratif
17
62
87
273
231
470
259
406
131
287
69
141
10
36
Cour d'appel
7
48
60
202
254
391
310
354
176
252
87
101
10
12
Cour administrative d'appel
3
9
21
52
41
85
69
138
49
99
25
51
2
15
Conseil d'État
2
Nombre de décisions · 58 cellules sur 15 × 5 (75) possibles · cohorte 11 106 décisions.

Recalculé le 28 septembre 2026

Cotations retenues selon le fait générateur

La répartition des cotations varie nettement selon le fait générateur.

Fait générateurCotation médianePart à 2/7 ou moinsPart à 4/7 ou plus
Accident médical et infection nosocomiale4/715 %54 %
Accident du travail et maladie professionnelle3/721 %31 %
Autre régime de responsabilité3/725 %20 %
Accident de la circulation2,5/732 %25 %
Infraction pénale2,5/733 %15 %

Les accidents médicaux portent les cotations les plus élevées : plus d’une décision sur deux retient 4/7 ou plus, et ils réunissent les trois quarts des cotations à 7/7. Aucune décision relative à un accident de la circulation ne retient 7/7. Les actes de terrorisme, peu nombreux (une quarantaine de décisions), portent une cotation médiane de 4,5/7. Une même décision peut relever de plusieurs faits générateurs.

Fait générateur ↓ / Cotation des souffrances endurées (sur 7) →
0
0,5
1
1,5
2
2,5
3
3,5
4
4,5
5
5,5
6
6,5
7
Accident de circulation
9
61
199
1 062
819
542
454
417
237
229
74
79
8
Accident du travail et maladie professionnelle
1
11
64
85
293
305
439
313
326
96
144
37
43
8
11
Accident médical et infection nosocomiale
23
75
92
260
158
455
289
554
222
440
108
219
10
52
Autre régime de responsabilité
6
41
68
199
234
257
193
127
38
49
14
17
1
4
Infraction pénale
6
25
23
125
112
125
46
41
15
11
5
5
2
1
Acte de terrorisme
1
1
8
2
5
4
7
9
3
1
Nombre de décisions · 80 cellules sur 15 × 6 (90) possibles · cohorte 11 106 décisions.

Recalculé le 28 septembre 2026

La cotation des souffrances endurées selon le taux de déficit fonctionnel permanent

Le graphique rapproche la cotation des souffrances endurées du taux de déficit fonctionnel permanent retenu dans la même décision. Pour chaque tranche de cinq points de taux, la ligne donne la cotation médiane et la bande la moitié centrale des cotations (P25–P75).

La cotation monte avec le taux : environ 2/7 en dessous de 5 % de déficit, 3/7 de 5 à 10 %, 3,5/7 de 10 à 15 %, 4/7 de 15 à 40 %, 4,5/7 de 40 à 45 %, 5/7 de 45 à 85 % et 6/7 au-delà. Le taux indique l’ordre de grandeur de la cotation sans la fixer : à taux égal, la moitié centrale des cotations couvre en général un degré à un degré et demi (de 3 à 4,5/7 entre 15 et 30 % de déficit). Deux victimes atteintes du même déficit fonctionnel peuvent ainsi recevoir des cotations distantes d’un degré, soit, dans l’ordre judiciaire, des montants du simple au double.

Les taux se concentrant sur des valeurs rondes, certaines tranches (35–40 %, 45–50 %, 70–75 %, 90–95 %) comptent peu de décisions ; la dernière regroupe les taux de 100 %.

24760–5 %25–30 %50–55 %75–80 %100–105 %
De 2 en 0–5 % à 6 en 100–105 % · . .

Recalculé le 28 septembre 2026

Cotation moyenne par année et par juridiction

Au sein de chaque juridiction, la cotation moyenne varie peu : autour de 3,6/7 devant les cours d’appel de 2022 à 2025 (3,4/7 sur les neuf premiers mois de 2026), entre 3,5 et 3,6/7 devant les tribunaux administratifs, entre 3,8 et 4,0/7 devant les cours administratives d’appel. Les jugements des tribunaux judiciaires, présents à partir de 2024, se tiennent autour de 2,9/7.

Sur l’ensemble du corpus, en revanche, la part des cotations égales ou supérieures à 4/7 passe de 47 % en 2022 à 22 % en 2026, et celle des cotations égales ou inférieures à 2/7 de 15 % à 32 %. Ce déplacement vers les cotations basses accompagne l’arrivée des jugements de première instance dans le corpus ; il interdit toute comparaison annuelle des montants qui ne serait pas faite à cotation égale.

33420222023202420252026
  1. Tribunal judiciaire
  2. Cour d'appel
  3. Tribunal administratif
  4. Cour administrative d'appel
4 de 2022 à 2026. .

Recalculé le 28 septembre 2026

III. Le montant à cotation égale — médiane et moitié centrale des montants (P25–P75)

Toutes juridictions confondues, la ligne donne la médiane et la bande l’intervalle où se situe la moitié centrale des montants. À 2/7, la moitié des montants se situe entre 2 900 et 4 000 € ; à 3/7, entre 4 000 et 7 000 € ; à 4/7, entre 8 000 et 17 000 € ; à 5/7, entre 15 000 et 30 000 €. La bande s’élargit avec la cotation : étroite aux cotations basses, où les montants s’empilent sur quelques sommes rondes, elle couvre un rapport de un à deux à partir de 4/7.

Ce graphique mêle deux ordres de juridiction dont les montants diffèrent du simple au double à cotation égale ; les graphiques qui suivent les séparent. Au-delà de 5,5/7, les décisions administratives deviennent majoritaires (plus de la moitié à 6/7, les trois quarts à 7/7) ; à ces cotations, la médiane toutes juridictions confondues, qui mêle ces montants, paraît inférieure à celle de 5,5/7.

0 €30 000 €60 000 €40 000 €0.02.03.55.57.0
De 10 000 € en 0.0 à 40 000 € en 7.0 · . .

Recalculé le 28 septembre 2026

Médiane et huit montants sur dix (P10–P90)

La bande couvre ici huit montants sur dix : elle laisse de côté le dixième le plus bas et le dixième le plus haut. Elle montre l’amplitude réelle des sommes allouées pour une même cotation, toutes juridictions confondues.

Dans l’ordre judiciaire seul, huit montants sur dix se situent :

CotationHuit montants sur dix (P10–P90)Fourchette du référentiel des cours d’appel
1/71 000 à 2 750 €jusqu’à 2 000 €
2/73 000 à 4 000 €2 000 à 4 000 €
3/75 000 à 8 000 €4 000 à 8 000 €
4/710 000 à 20 000 €8 000 à 20 000 €
5/719 000 à 35 000 €20 000 à 35 000 €
6/730 000 à 55 000 €35 000 à 50 000 €

De 2 à 5/7, le dernier décile coïncide avec la borne haute de la fourchette : la bande se loge dans la partie haute de la fourchette et ne la déborde qu’à la marge.

0 €40 000 €80 000 €40 000 €0.02.03.55.57.0
De 10 000 € en 0.0 à 40 000 € en 7.0 · . .

Recalculé le 28 septembre 2026

Montant médian par cotation et par juridiction

Montant médian par cotation et par juridiction

Médiane des montants alloués, par demi-degré de 0,5 à 6/7. L’échelle verticale est logarithmique : les cotations basses restent lisibles, et un même écart vertical traduit un même rapport entre montants. Les barres absentes correspondent à moins de vingt montants.

CotationOrdre judiciaireOrdre administratifRapport
1/72 000 €1 000 €0,50
2/74 000 €2 000 €0,50
3/76 100 €3 620 €0,59
4/715 000 €7 500 €0,50
5/730 000 €15 000 €0,50
6/750 000 €25 000 €0,50
7/766 830 €40 000 €0,60

À cotation identique, les juridictions administratives allouent la moitié de ce qu’allouent les juridictions judiciaires, et ce rapport se retrouve presque exactement à chaque degré entier. À 7/7, la mesure judiciaire ne porte que sur une vingtaine de montants.

Dans chaque ordre, le premier degré et l’appel s’accordent : tribunaux judiciaires et cours d’appel retiennent la même médiane, ou presque, de 3 à 6/7, les tribunaux judiciaires se situant un peu au-dessus aux cotations basses (4 000 € contre 3 500 € à 2/7, 5 000 € contre 4 000 € à 2,5/7). Tribunaux administratifs et cours administratives d’appel retiennent des médianes identiques ou très proches à chaque degré. La ligne de partage passe entre les ordres, non entre les degrés de juridiction.

Quart inférieur des montants (P25) par cotation et par juridiction

Premier quartile des montants par cotation et par juridiction

Chaque barre donne le montant en deçà duquel se situe le quart des décisions. L’échelle verticale est logarithmique : les cotations basses restent lisibles, et un même écart vertical traduit un même rapport entre montants.

Dans l’ordre judiciaire, un quart des décisions allouent moins de 1 500 € à 1/7, moins de 3 000 à 3 500 € à 2/7, moins de 6 000 € à 3/7, moins de 12 000 à 14 000 € à 4/7 et moins de 25 000 à 27 000 € à 5/7. Dans l’ordre administratif, les mêmes seuils tombent à 1 000 €, 1 800 €, 3 500 €, 6 200 à 7 000 € et 12 750 à 13 000 €.

Quart supérieur des montants (P75) par cotation et par juridiction

Troisième quartile des montants par cotation et par juridiction

Chaque barre donne le montant au-delà duquel se situe le quart des décisions. L’échelle verticale est logarithmique : les cotations basses restent lisibles, et un même écart vertical traduit un même rapport entre montants.

Dans l’ordre judiciaire, ce seuil coïncide exactement avec la borne haute du référentiel des cours d’appel à chaque degré entier : 2 000 € à 1/7, 4 000 € à 2/7, 8 000 € à 3/7, 20 000 € à 4/7, 35 000 € à 5/7 et 50 000 € à 6/7. Dans l’ordre administratif, il se situe à 1 220 € à 1/7, 2 000 € à 2/7, 4 000 € à 3/7, 8 000 € à 4/7, 15 375 € à 5/7 et 28 750 € à 6/7 : le quart le mieux indemnisé des décisions administratives reste, à chaque degré, en deçà de la médiane judiciaire du même degré.

Le montant à cotation égale selon le fait générateur, l’âge et le décès de la victime (ordre judiciaire)

Montant médian par cotation et par fait générateur, ordre judiciaire

La comparaison porte sur les seuls tribunaux judiciaires et cours d’appel : le contentieux des accidents médicaux relevant pour une large part de l’ordre administratif, mêler les ordres ferait paraître ces accidents moins bien indemnisés à cotation égale. L’échelle verticale est logarithmique : les cotations basses restent lisibles, et un même écart vertical traduit un même rapport entre montants. Les barres absentes correspondent à moins de vingt montants.

Le fait générateur. Dans l’ordre judiciaire, les écarts entre faits générateurs sont minimes à cotation égale :

CotationAccident de la circulationAccident du travailAccident médicalInfraction pénale
2/74 000 €3 500 €4 000 €3 000 €
3/76 500 €6 500 €6 000 €6 000 €
4/715 000 €15 000 €15 000 €15 000 €
5/730 000 €30 000 €30 000 €—
6/750 000 €50 000 €40 000 €—

Les écarts entre faits générateurs, marqués sur la cotation (partie II), deviennent presque nuls à cotation égale.

L’âge. La cotation varie avec l’âge au jour du dommage : médiane de 4/7 avant dix ans, de 3/7 de dix à soixante ans, de 3,5/7 au-delà. À cotation égale, les montants judiciaires varient peu : à 3/7, la médiane se situe entre 6 000 et 7 000 € dans chaque décennie d’âge ; à 4/7, elle est de 15 000 à 16 000 € de vingt à quatre-vingt-dix ans, de 17 000 € entre dix et vingt ans et de 19 000 € avant dix ans, sur une quinzaine de décisions.

Le décès de la victime. Près de 1 200 décisions statuent sur les souffrances endurées d’une victime décédée, au bénéfice de ses héritiers. La cotation y est plus élevée (médiane de 5/7) ; à cotation égale, les médianes judiciaires sont les mêmes que pour l’ensemble des victimes : 15 000 € à 4/7, 30 000 € à 5/7, 50 000 € à 6/7.

Demande, offre et décision à cotation égale

Pour chaque cotation, montants médians de l’offre du défendeur, de la décision et de la demande de la victime. Demandes et offres proviennent des décisions qui les mentionnent ; les trois séries ne portent donc pas exactement sur les mêmes affaires. L’échelle verticale est logarithmique : les cotations basses restent lisibles, et un même écart vertical traduit un même rapport entre montants.

Ordre judiciaire

Offre, décision et demande médianes par cotation, ordre judiciaire

CotationOffreDécisionDemandePlace de la décision entre l’offre (0 %) et la demande (100 %)
1/71 200 €2 000 €2 500 €62 %
1,5/72 000 €2 500 €3 000 €50 %
2/73 000 €4 000 €4 500 €67 %
2,5/73 800 €5 000 €6 000 €55 %
3/75 000 €6 100 €8 000 €37 %
3,5/77 000 €8 000 €10 000 €33 %
4/710 000 €15 000 €20 000 €50 %
4,5/716 000 €20 000 €25 000 €44 %
5/720 000 €30 000 €35 000 €67 %
5,5/730 000 €35 000 €42 000 €42 %
6/740 000 €50 000 €50 000 €100 %

Devant le juge judiciaire, la décision médiane se situe toujours entre l’offre et la demande, entre un tiers et deux tiers du chemin selon le degré ; à 6/7, elle rejoint la demande. De 3 à 6/7, la demande médiane est exactement la borne haute de la fourchette du référentiel des cours d’appel (8 000, 20 000, 35 000 et 50 000 €).

Ordre administratif

Offre, décision et demande médianes par cotation, ordre administratif

CotationOffreDécisionDemandePlace de la décision entre l’offre (0 %) et la demande (100 %)
1,5/71 450 €1 400 €3 000 €0 %
2/71 800 €2 000 €4 000 €9 %
2,5/72 500 €2 600 €5 000 €4 %
3/73 500 €3 620 €8 000 €3 %
3,5/74 500 €5 400 €9 500 €18 %
4/77 000 €7 500 €15 200 €6 %
4,5/78 900 €10 000 €20 000 €10 %
5/713 000 €15 000 €35 000 €9 %
6/716 950 €25 000 €48 750 €25 %

Les offres chiffrées sont moins nombreuses dans l’ordre administratif ; les cotations de 0,5, 1 et 5,5/7 n’y figurent pas pour cette raison.

Les victimes demandent à peu près la même chose devant les deux ordres : 8 000 € à 3/7, 35 000 € à 5/7, autour de 50 000 € à 6/7. L’écart entre les deux ordres porte donc sur la décision, non sur la demande. Devant le juge administratif, la décision médiane se situe au niveau de l’offre ou tout près (moins d’un cinquième du chemin vers la demande jusqu’à 5/7) ; devant le juge judiciaire, elle s’en écarte nettement vers la demande.

IV. Les montants judiciaires au regard du référentiel des cours d’appel

Une grille relevée une fois, puis reconduite. Le référentiel indicatif des cours d’appel propose pour les souffrances endurées une table par degré, qu’il applique aussi au préjudice esthétique permanent. Ses fourchettes ont été relevées entre le référentiel régional de 2011 et la version de 2020, puis reconduites à l’identique en 2024.

CotationRéférentiel régional 2011Référentiels 2020 et 2024
1/7jusqu’à 1 500 €jusqu’à 2 000 €
2/71 500 à 3 000 €2 000 à 4 000 €
3/73 000 à 6 000 €4 000 à 8 000 €
4/76 000 à 10 000 €8 000 à 20 000 €
5/710 000 à 22 000 €20 000 à 35 000 €
6/722 000 à 35 000 €35 000 à 50 000 €
7/735 000 € et plus50 000 à 80 000 €

Au-delà de 80 000 €, la version de 2024 réserve les cas « tout à fait exceptionnels ». Elle précise que « chaque degré de l’échelle correspond au double du degré précédent » et invite à moduler les indemnités, même pour des souffrances cotées de manière identique, « en tenant compte des spécificités de chaque victime (circonstances de l’accident, multiplicité et gravité des blessures, nombre d’interventions chirurgicales, âge de la victime, etc.) ». Ces fourchettes sont indicatives et ne lient pas le juge ; les mesures qui suivent décrivent une correspondance de fait.

Part des montants en deçà, à l’intérieur et au-delà de la fourchette de 2024 (tribunaux judiciaires et cours d’appel, degrés entiers, parts arrondies à 5 points près) :

Part des montants judiciaires en deçà, dans et au-delà de la fourchette du référentiel des cours d’appel, par cotation

CotationFourchette 2024Médiane judiciaireEn deçàDans la fourchetteAu-delà
1/7jusqu’à 2 000 €2 000 €—85 %15 %
2/72 000 à 4 000 €4 000 €—95 %5 %
3/74 000 à 8 000 €6 100 €5 %90 %5 %
4/78 000 à 20 000 €15 000 €5 %90 %5 %
5/720 000 à 35 000 €30 000 €10 %80 %10 %
6/735 000 à 50 000 €50 000 €10 %80 %10 %

À 6/7, la mesure porte sur moins de deux cents montants ; à 7/7, sur une vingtaine seulement, dont la médiane (66 830 €) se situe dans la fourchette de 50 000 à 80 000 €.

Des montants empilés sur les bornes. Les sommes les plus fréquentes sont les bornes de la fourchette :

CotationSomme la plus fréquenteSomme suivante
1/72 000 € (environ 45 % des montants)1 500 € (environ 13 %)
2/74 000 € (environ 63 %)3 000 € (environ 15 %)
3/76 000 € (environ 30 %)8 000 € (environ 26 %)
4/720 000 € (environ 24 %)15 000 € (environ 21 %)
5/735 000 € (environ 30 %)30 000 € (environ 26 %)

À 2/7, près de deux montants sur trois sont exactement la borne haute de la fourchette.

Les demi-degrés. Le référentiel ignore les demi-degrés. De 3,5 à 5,5/7, leur montant médian coïncide avec la borne qui sépare deux fourchettes voisines ; aux cotations plus basses, il se situe au-dessus.

Demi-degréMédiane judiciaireBorne commune du référentiel
1,5/72 500 €2 000 € (entre 1/7 et 2/7)
2,5/75 000 €4 000 € (entre 2/7 et 3/7)
3,5/78 000 €8 000 € (entre 3/7 et 4/7)
4,5/720 000 €20 000 € (entre 4/7 et 5/7)
5,5/735 000 €35 000 € (entre 5/7 et 6/7)

Une progression qui ne double pas à chaque degré. Les médianes judiciaires doublent de 1 à 2/7 (2 000 puis 4 000 €), de 4 à 5/7 (15 000 puis 30 000 €), mais progressent moins vite de 2 à 3/7 (6 100 €) et plus vite de 3 à 4/7 (15 000 €), comme les fourchettes elles-mêmes, dont l’amplitude s’élargit brusquement à 4/7.

Les cours d’appel entre elles. Là où les effectifs le permettent, les cours convergent :

CotationAix-en-ProvenceParisAutres cours comptant au moins vingt montants
2/74 000 €3 500 €—
3/76 600 €6 000 €Grenoble 6 500 €, Rouen 6 000 €, Toulouse 8 000 €
4/716 000 €15 000 €Bordeaux 15 000 €, Versailles 11 000 €
5/730 000 €30 000 €—

Réserve de lecture. Le référentiel conditionne le montant à des éléments (circonstances de l’accident, nombre d’interventions, âge) que les décisions ne restituent pas toujours. Un montant situé hors de la fourchette peut correspondre à l’une de ces modulations, comme le montrent les décisions commentées.

Les montants administratifs au regard du référentiel de l’ONIAM

Le référentiel indicatif de l’ONIAM (version du 1er juillet 2025) comporte une table commune aux souffrances endurées et au préjudice esthétique. Ses fourchettes sont plus basses et beaucoup plus étroites que celles du référentiel des cours d’appel ; à 7/7, la fourchette s’établit de 32 453 à 43 907 €.

Part des montants administratifs en deçà, à l’intérieur et au-delà de la fourchette de l’ONIAM (tribunaux administratifs et cours administratives d’appel, parts arrondies à 5 points près) :

Part des montants administratifs en deçà, dans et au-delà de la fourchette du référentiel de l’ONIAM, par cotation

CotationFourchette ONIAM 2025Médiane administrativeEn deçàDans la fourchetteAu-delà
1/7811 à 1 098 €1 000 €10 %60 %30 %
2/71 572 à 2 126 €2 000 €15 %60 %25 %
3/73 076 à 4 162 €3 620 €15 %65 %20 %
4/76 121 à 8 281 €7 500 €20 %55 %25 %
5/711 502 à 15 561 €15 000 €20 %55 %25 %
6/720 014 à 27 078 €25 000 €30 %40 %30 %

Les médianes administratives se situent à l’intérieur des fourchettes à chaque degré, de 1/7 à 7/7 (40 000 € pour une fourchette de 32 453 à 43 907 €). Les sommes les plus fréquentes sont 1 000 € à 1/7 (environ quatre montants sur dix), 2 000 € à 2/7, 4 000 € à 3/7 et 8 000 € à 4/7. La part moindre de montants à l’intérieur va de pair avec l’étroitesse des fourchettes, qui ne s’écartent que d’environ 15 % de part et d’autre de leur valeur moyenne.

Rapportés au référentiel des cours d’appel, les montants administratifs se situent de plus en plus souvent en deçà des fourchettes à mesure que la cotation s’élève : environ 40 % en deçà à 2/7, la moitié à 3/7, 60 % à 4/7, 85 % à 5/7 et 90 % à 6/7.

Réserve de lecture. Le référentiel de l’ONIAM a été révisé au cours de la période étudiée ; les décisions antérieures à juillet 2025 ont pu se référer à une version précédente.

V. Femmes et hommes — cotations retenues selon le sexe de la victime

Les femmes représentent 41 % des victimes du corpus : 38 % devant les juridictions judiciaires, la moitié devant les juridictions administratives, où les accidents médicaux sont surreprésentés. Les accidents médicaux concernent 31 % des décisions relatives à une femme, contre 19 % pour les hommes ; les accidents du travail, 16 % contre 32 %.

Part de chaque cotation parmi les décisions relatives à une femme et à un homme (toutes juridictions ; 4 711 femmes et 6 209 hommes dont la cotation est connue) :

Répartition des cotations selon le sexe de la victime

CotationFemmesHommes
1/72,2 %2,5 %
1,5/74,6 %4,0 %
2/720,4 %15,3 %
2,5/716,0 %13,7 %
3/716,5 %16,4 %
3,5/711,1 %12,2 %
4/712,1 %14,0 %
4,5/74,4 %6,4 %
5/76,8 %8,6 %
5,5/71,7 %2,6 %
6/72,8 %3,2 %

Les cotations extrêmes (0,5, 6,5 et 7/7) concernent moins de 1 % des décisions de chaque groupe.

La cotation médiane est de 3/7 dans les deux groupes, mais les cotations retenues pour les femmes sont un peu plus basses : cotation moyenne de 3,1/7 contre 3,3/7, 28 % des décisions à 2/7 ou moins contre 22 %, 29 % à 4/7 ou plus contre 35 %. Les quelques décisions dont le sexe de la victime n’a pu être déterminé sont écartées.

Montants judiciaires par cotation et par sexe de la victime

Dans l’ordre judiciaire, femmes et hommes reçoivent la même somme médiane à chaque demi-degré de 1 à 6/7 (à 3/7, 6 055 € contre 6 100 €).

Écart entre le montant moyen alloué aux femmes et celui alloué aux hommes, à cotation égale (tribunaux judiciaires et cours d’appel ; une barre vers le haut signale une moyenne plus élevée pour les femmes) :

Écart entre les montants moyens alloués aux femmes et aux hommes, par cotation, ordre judiciaire

CotationMédiane femmes / hommesMoyenne femmes / hommesÉcart des moyennesMontants femmes / hommes
1/72 000 € / 2 000 €1 949 € / 2 172 €−10 %73 / 129
1,5/72 500 € / 2 500 €2 526 € / 2 606 €−3 %182 / 195
2/74 000 € / 4 000 €3 697 € / 3 819 €−3 %816 / 859
2,5/75 000 € / 5 000 €4 893 € / 4 607 €+6 %642 / 747
3/76 055 € / 6 100 €6 619 € / 6 774 €−2 %534 / 785
3,5/78 000 € / 8 000 €8 571 € / 8 964 €−4 %381 / 628
4/715 000 € / 15 000 €15 287 € / 15 921 €−4 %334 / 627
4,5/720 000 € / 20 000 €19 190 € / 20 267 €−5 %140 / 319
5/730 000 € / 30 000 €28 383 € / 29 825 €−5 %158 / 353
5,5/735 000 € / 35 000 €34 585 € / 36 080 €−4 %48 / 116
6/750 000 € / 50 000 €42 720 € / 45 134 €−5 %50 / 128

La moyenne, plus sensible aux montants élevés, dessine un léger écart : la moyenne allouée aux femmes est inférieure de 2 à 5 % à celle allouée aux hommes à neuf degrés, de 10 % à 1/7 (sur de petits effectifs), et supérieure de 6 % à 2,5/7. Ces écarts portent sur les montants situés au-dessus de la médiane ; la médiane, elle, est la même.

Dans l’ordre administratif, les médianes sont identiques ou très proches à chaque degré (7 500 € contre 7 250 € à 4/7, 15 000 € des deux côtés à 5/7), et les moyennes ne s’écartent pas dans un sens constant.

Femmes et hommes : l’écart brut et l’écart à cotation égale

L’écart brut. Dans l’ordre judiciaire, toutes cotations confondues, les femmes reçoivent en moyenne 9 190 € et les hommes 13 276 € au titre des souffrances endurées, soit un écart de 31 % en défaveur des femmes ; la médiane est de 5 330 € pour les femmes et de 7 850 € pour les hommes.

L’écart à cotation égale. Comparer les montants degré par degré, puis agréger les écarts en pondérant chaque degré par son poids dans le corpus, donne un tout autre résultat : à cotation égale, le montant moyen alloué aux femmes est inférieur de 2 % à celui alloué aux hommes, et les médianes sont identiques. Le calcul porte sur les demi-degrés de 1 à 6/7, qui comptent tous au moins vingt montants dans chaque sexe. Dans l’ordre administratif, le même calcul donne un écart de 1 % en faveur des femmes.

Ce qui accompagne l’écart brut. L’écart brut disparaît lorsque les montants sont comparés degré par degré : il va de pair avec la répartition des décisions entre degrés, non avec une valorisation différente d’un même degré. Deux constats l’accompagnent :

  • les femmes reçoivent des cotations un peu plus basses (partie précédente), ce qui va de pair avec des faits générateurs différents : plus d’accidents médicaux, deux fois moins d’accidents du travail ;
  • les décisions qui ne mentionnent pas la cotation sont plus fréquentes pour les hommes (19 %) que pour les femmes (11 %), et elles allouent en moyenne des montants élevés.

Les demandes. À cotation égale, femmes et hommes demandent la même somme médiane à presque tous les degrés (3 000 € à 1,5/7, 4 500 € à 2/7, 8 000 € à 3/7, 20 000 € à 4/7, 35 000 € à 5/7, 50 000 € à 6/7).

La cotation à gravité fonctionnelle égale. À cotation égale, le taux de déficit fonctionnel permanent retenu est le même pour les deux sexes : 10,6 % contre 10,5 % en moyenne à 3/7, 18,2 % contre 18,7 % à 4/7. Les données ne font apparaître, à ce titre, aucun écart selon le sexe.

Le sexe dans les référentiels. Pour les souffrances endurées, ni le référentiel régional de 2011, ni les versions de 2020 et de 2024 du référentiel des cours d’appel ne mentionnent le sexe parmi les éléments de modulation. Les montants de la période 2022–2026 ne portent pas trace d’une modulation selon le sexe à cotation égale.

VI. Chronologie — montant moyen par année, toutes cotations confondues

Ces courbes ne mesurent pas l’évolution du montant alloué pour un même degré : elles mêlent, chaque année, des cotations différentes. Devant les cours d’appel, le montant moyen fléchit légèrement (environ 16 100 € en 2022 et en 2023, 15 700 € en 2024 et en 2025, 14 600 € sur les neuf premiers mois de 2026) ; les jugements des tribunaux judiciaires se tiennent autour de 9 000 à 10 000 €, les décisions administratives entre 7 500 et 10 500 €. Seule la comparaison à cotation égale, présentée dans le bloc suivant, renseigne sur une éventuelle inflation des montants.

6 000 €12 000 €18 000 €20222023202420252026
  1. Tribunal judiciaire
  2. Cour d'appel
  3. Tribunal administratif
  4. Cour administrative d'appel
4 de 2022 à 2026. .

Recalculé le 28 septembre 2026

À cotation égale, des montants stables en euros courants, en recul en euros constants

Euros courants, euros constants. Un montant en euros courants est la somme inscrite dans la décision, telle qu’elle a été allouée l’année où le juge a statué. Un montant en euros constants est cette même somme corrigée de la hausse des prix, pour mesurer ce qu’elle représente en pouvoir d’achat. Le préjudice s’évalue au jour où le juge statue : si les montants suivaient les prix, un même degré devrait être mieux indemnisé, en euros courants, en 2025 qu’en 2022. La mesure est faite sur les arrêts des cours d’appel, seule série judiciaire présente sur toute la période, degré par degré.

Médiane allouée par les cours d’appel, par cotation et par année (euros courants) :

Cotation20222023202420252026 (9 mois)
2/73 500 €3 500 €3 250 €3 500 €4 000 €
2,5/74 500 €4 000 €4 000 €4 000 €4 000 €
3/76 000 €6 000 €6 000 €6 700 €7 100 €
3,5/78 750 €8 000 €8 000 €8 000 €8 000 €
4/715 000 €15 000 €15 000 €15 000 €15 000 €
4,5/720 000 €20 000 €20 000 €20 000 €20 000 €
5/730 000 €30 000 €30 000 €30 000 €30 000 €

Chaque case réunit de 30 à 120 montants, sauf en 2026 (15 à 50). De 4 à 5/7, la médiane est rigoureusement la même chaque année : les montants restent posés sur les mêmes sommes rondes. La moyenne, plus mobile, ne dessine pas davantage de hausse : à 4/7, 16 465 € en 2022 et 15 118 € en 2025 ; à 5/7, 31 785 € puis 26 602 €.

Indices à cotation constante, rapportés aux prix. Chaque degré de 2 à 5/7 est pondéré par son poids sur la période (base 100 en 2022). L’indice des prix à la consommation de l’INSEE a augmenté en moyenne annuelle de 4,9 % en 2023, de 2,0 % en 2024 et de 0,9 % en 2025. L’écart entre la courbe des prix et celles des montants mesure la perte en euros constants.

Indices des prix et des montants alloués à cotation égale par les cours d’appel, 2022–2025

AnnéePrixMontants en euros courants (médians / moyens)Montants en euros constants (médians / moyens)
2022100100 / 100100 / 100
2023104,997,2 / 94,292,6 / 89,8
2024107,096,4 / 96,790,1 / 90,4
2025108,099,6 / 93,492,2 / 86,5

Les montants n’ont pas suivi les prix : en 2025, un même degré est indemnisé environ 8 % moins bien qu’en 2022 en pouvoir d’achat si l’on retient les médianes, 13 % moins bien si l’on retient les moyennes. Sur les neuf premiers mois de 2026, les indices en euros courants sont de 102,5 (médianes) et de 94,2 (moyennes).

Dans l’ordre administratif, l’indice médian en euros courants reste entre 98 et 102 de 2022 à 2025, les médianes bougeant à peine (1 000 € à 1/7, autour de 2 000 € à 2/7, de 7 500 € à 4/7, 10 000 € à 4,5/7, autour de 15 000 € à 5/7) : le recul en euros constants y est du même ordre, environ 6 % en 2025.

Une grille inchangée en euros courants. Les fourchettes du référentiel des cours d’appel sont identiques en septembre 2020 et en septembre 2024. Entre les moyennes annuelles de 2020 et de 2025, les prix ont augmenté d’environ 15 % : la borne haute de 20 000 € fixée pour 4/7 en 2020 représenterait environ 23 000 € de 2025. Les montants alloués restent, eux, adossés aux bornes nominales.

Les demandes. Devant les cours d’appel, la demande médiane reste de 20 000 € à 4/7 chaque année, et de 8 000 € à 3/7 (9 000 € en 2025) ; à 2/7, elle oscille entre 4 000 et 5 000 €. Les demandes ne portent pas non plus la marque de l’inflation.

Réserve de lecture. Les années 2022 et 2026 sont incomplètes et certains degrés reposent sur quelques dizaines d’arrêts par an ; les variations d’une année sur l’autre de quelques pour cent ne doivent pas être sur-interprétées. La conclusion porte sur l’absence de hausse des montants en euros courants et sur leur recul en euros constants, non sur un chiffre annuel.

VII. Quatorze décisions commentées

Les médianes disent où se situent les montants ; les décisions disent pourquoi un montant s’en écarte. Les quatorze décisions qui suivent montrent comment les juridictions passent de la cotation à la somme, ce qu’elles font entrer dans le poste et ce qu’elles en excluent.

Une même cotation, des montants du simple au double. À 3/7, trois décisions allouent 6 000 €, 8 000 € et 15 000 € ; la motivation dit ce qui fait la différence.

  • La cour d’appel de Paris (27 nov. 2025, n° RG 22/05083) statue sur le cas d’une piétonne de 49 ans heurtée par un cyclomoteur, atteinte d’un traumatisme crânien. La victime revendique une cotation de 4 ou 4,5/7 ; la cour maintient 3/7 et confirme 6 000 € (demande : 12 000 € ; le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages (FGAO) conclut à la confirmation), en tenant compte « du traumatisme initial, de la durée de l’hospitalisation qui n’est que de 14 jours, de l’absence d’intervention chirurgicale, du port d’une minerve ».
  • Le tribunal judiciaire de Bobigny (15 mai 2024, n° RG 23/05291) rappelle que le référentiel « prévoit une fourchette comprise entre 4.000 € et 8.000 € pour des souffrances endurées de 3/7 », puis se place à la borne haute pour un père de jeunes enfants atteint de plusieurs fractures. Demande : 14 000 € ; offre du FGAO : 6 000 € ; décision : 8 000 €, eu égard « aux multiples fractures subies » et au fait que « la jeunesse de ses enfants a dû amplifier ses souffrances chaque fois qu’il y avait un contact ou la nécessité de porter un enfant ».
  • La cour d’appel d’Aix-en-Provence (3 nov. 2022, n° RG 18/19990) indemnise une piétonne renversée le jour de son mariage. Le premier juge avait alloué 7 000 € ; la victime demandait en outre 30 000 € au titre d’un préjudice moral spécifique. La cour refuse le dédoublement, « le préjudice moral [étant] l’une des composantes du poste souffrances endurées », et porte le poste à 15 000 €, près du double de la borne haute de la fourchette.
  • Le tribunal judiciaire de Toulon (10 sept. 2025, n° RG 24/05587) alloue 3 000 € à un enfant de quatre ou cinq ans blessé dans un accident de la circulation, pour une cotation de 1,5/7 (demande : 3 300 € ; offre de l’assureur : 1 600 €), en retenant « le très jeune âge de la victime majorant nécessairement les souffrances endurées du fait de la moindre tolérance aux douleurs physiques et mentales des très jeunes enfants ».

Le juge et la cotation de l’expert.

  • Le tribunal judiciaire de Lyon, statuant en matière de sécurité sociale (29 janv. 2024, n° RG 19/02801), juge « sous-évalué » le 1/7 retenu par l’expert, qui n’avait pas tenu compte d’une décompensation psychique ayant conduit à une hospitalisation. Demande : 5 000 € ; offre de l’employeur : 1 500 € ; décision : 5 000 €, soit deux fois et demie la borne haute de la fourchette de 1/7. « Ces souffrances psychiques dont le lien avec l’accident est établi doivent être prises en charge […]. »
  • À l’inverse, le tribunal administratif d’Orléans (25 avr. 2024, n° 2103341) s’en tient au 1/7 de l’expert pour une contusion du poignet d’un agent communal, écarte l’humiliation alléguée lors de l’intervention des secours et alloue 800 € (demande : 4 000 €), « au regard de la cotation retenue par l’expert ».

La souffrance morale et la conscience de la mort. Les souffrances endurées absorbent la souffrance morale ; l’angoisse de mort imminente, qu’elle soit ajoutée au poste ou indemnisée à part, suppose la preuve de la conscience de la mort.

  • La cour d’appel de Paris (25 juin 2026, n° RG 22/12259) statue sur les souffrances d’un homme de 51 ans décédé deux jours après une cure de hernie, cotées 5/7. L’ONIAM offrait 5 000 €, le premier juge avait alloué 15 000 € ; la cour fixe 20 000 € pour des douleurs « au-delà de ce qu’un patient peut ressentir après une telle intervention », mais écarte l’angoisse de mort imminente : « il n’est aucunement établi qu’il ait pu se voir faiblir puis mourir ».
  • Le tribunal judiciaire de Marseille (24 mars 2025, n° RG 23/02751) retient 25 000 € pour un conducteur de scooter décédé dans la nuit de l’accident, également coté 5/7, sans intégrer « un préjudice d’angoisse de mort imminente, dont l’existence n’est pas démontrée ».
  • La cour administrative d’appel de Toulouse (9 juill. 2024, n° 22TL22255) indemnise les ayants droit d’un vétéran des essais nucléaires atteint de cancers radio-induits, coté 7/7. Demande : 80 000 € ; offre du Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) : 40 000 € ; décision : 65 000 €, « y compris le préjudice d’angoisse lié à l’évaluation péjorative de sa maladie », soit un montant situé dans la fourchette du référentiel des cours d’appel et au-delà de celle de l’ONIAM.

Le référentiel de l’ONIAM invoqué devant le juge administratif.

  • Devant le tribunal administratif de Toulon (5 déc. 2025, n° 2300794), le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI), subrogé dans les droits d’un policier municipal blessé en intervention, exerce son recours contre la commune ; celle-ci se borne à invoquer le référentiel de l’ONIAM. Le tribunal fixe 9 000 € pour une cotation de 3,5/7 : « en se bornant à se référer au barème du référentiel de l’ONIAM sans pour autant démontrer que le montant apprécié par la CIVI est excessif, la commune n’établit pas une disproportion ».
  • La cour administrative d’appel de Bordeaux (30 avr. 2025, n° 23BX00608) statue sur un retard de diagnostic d’embolie pulmonaire, coté 4,5/7. Le centre hospitalier demandait la confirmation des 10 000 € alloués en première instance en se référant au référentiel de l’ONIAM ; la victime demandait 20 000 €. La cour fixe le poste à 12 000 €, au-dessus de la fourchette de l’ONIAM pour 4/7 (6 121 à 8 281 €), en relevant « l’angoisse survenue lors de la dyspnée » et les soins subis.

La frontière avec le déficit fonctionnel permanent. Les souffrances postérieures à la consolidation relèvent du déficit fonctionnel permanent ; en matière de maladies professionnelles, où la consolidation intervient tôt, cette frontière décide de la ventilation.

  • Le tribunal judiciaire de Metz, statuant en matière de sécurité sociale (5 sept. 2025, n° RG 16/00767), indemnise les héritiers d’un ancien salarié atteint d’un cancer de la vessie d’origine professionnelle. Il refuse d’indemniser les souffrances postérieures à la consolidation, ce qui « conduirait à une double indemnisation », mais alloue pour la période antérieure 50 000 € au titre des souffrances physiques et 60 000 € au titre des souffrances morales (demande : 70 000 € et 120 000 €).
  • La cour d’appel de Rennes, chambre de la sécurité sociale (17 avr. 2024, n° RG 21/04306), statuant sur un mésothéliome, ventile les 15 000 € alloués au titre des souffrances physiques : 3 500 € pour la période antérieure à la consolidation, 11 500 € pour les souffrances postérieures, « lesquelles devront être incluses dans le poste de préjudice “déficit fonctionnel permanent” ».

Au-delà de la fourchette la plus haute. Le tribunal judiciaire de Lyon, statuant en matière de sécurité sociale (6 janv. 2026, n° RG 20/00673), indemnise un salarié de 38 ans brûlé sur 88 % de la surface corporelle, coté 7/7 : longue sédation, quatorze interventions sous anesthésie générale, intubation puis trachéotomie pendant plus de deux mois. Demande : 350 000 € ; offre de l’employeur : 40 000 € ; décision : 180 000 €, soit plus du double de la borne haute du référentiel (80 000 €) : « Les souffrances majeures tant physiques que morales seront indemnisées à hauteur de 180 000 euros. »

Lire un montant.

  • Une somme ne se lit qu’avec sa cotation et ses circonstances : à 3/7, les décisions lues allouent de 6 000 à 15 000 € ; à 7/7, de 65 000 à 180 000 €.
  • La cotation de l’expert et le montant fixé par le juge sont deux opérations distinctes : le juge peut s’écarter d’une cotation qu’il estime sous-évaluée, mais la plupart des décisions conservent la cotation et modulent la somme selon les circonstances, l’âge ou le nombre d’interventions.
  • Le poste répare la souffrance physique et morale jusqu’à la consolidation ; la souffrance postérieure relève du déficit fonctionnel permanent.
  • Devant les pôles sociaux, la réparation des souffrances endurées est prévue par l’article L. 452-3 du code de la sécurité sociale ; certaines décisions y distinguent souffrances physiques et souffrances morales, qu’elles indemnisent séparément.
  • Les provisions déjà versées s’imputent sur l’ensemble de l’indemnisation ; elles ne modifient pas le montant fixé pour le poste.
Réserve

Ce rapport a été produit avec l’assistance d’une intelligence artificielle générative, sous la direction scientifique de Christophe Quézel-Ambrunaz. Les chiffres et indicateurs sont calculés à partir du corpus Themia ; les interprétations restent à la charge du lecteur. Les références jurisprudentielles citées ont vocation à être vérifiées avant tout usage professionnel.