Rupture du contrat de travail
Le harcèlement devant les cours d'appel
Un peu plus d'une affaire de rupture du contrat de travail sur huit comporte une demande de dommages-intérêts pour harcèlement moral ou sexuel. Sur les 442 arrêts de cour d'appel concernés (2024-2026), l'indemnité médiane s'établit à 5 000 € — un montant identique pour les femmes et pour les hommes, alors que le grief est soulevé deux fois plus souvent par des salariées, et quatre fois plus souvent par des cadres que par des ouvriers. Lorsque la cour censure le licenciement, elle le déclare nul plus souvent que sans cause réelle et sérieuse.
Ce que recouvre ce rapport
Le harcèlement — moral ou sexuel — occupe une place notable dans le contentieux de la rupture du contrat de travail. Lorsqu'un salarié conteste son licenciement, prend acte de la rupture ou demande la résiliation judiciaire de son contrat, il joint fréquemment une demande de dommages-intérêts au titre du harcèlement subi.
Ce rapport isole, au sein du corpus le plus fiable de Themia (arrêts de cour d'appel notés Veriscore A), les 442 décisions qui comportent un poste de dommages-intérêts pour harcèlement, sur 3 377 arrêts de rupture rendus entre janvier 2024 et juin 2026 — soit un peu plus d'une affaire sur huit. Il ne distingue pas le harcèlement moral du harcèlement sexuel : le poste de dommages-intérêts les regroupe.
Le rapport répond à plusieurs questions : combien la cour alloue au titre du harcèlement, quelle issue connaît alors le licenciement, et comment la fréquence du grief comme son indemnisation varient selon le statut du salarié, son sexe, la voie de rupture empruntée et la cour d'appel saisie.
Le montant des dommages-intérêts pour harcèlement
Recalculé le 26 août 2026
Le grief de harcèlement selon la voie de rupture
Part des affaires comportant un grief de harcèlement (moyenne du corpus : 13 %)
- Prise d'acte de la rupture — 25 % (8 sur 32)
- Résiliation judiciaire — 21 % (15 sur 70)
- Licenciement pour motif personnel — 13 % (405 sur 3 065)
- Licenciement pour motif économique — 10 % (10 sur 100)
- Requalification du contrat — 3 % (3 sur 89)
Le grief de harcèlement accompagne d'abord les ruptures prises à l'initiative du salarié : une prise d'acte sur quatre, une résiliation judiciaire sur cinq. C'est cohérent avec leur logique probatoire — l'une comme l'autre supposent d'établir un manquement suffisamment grave de l'employeur, et le harcèlement en fournit le fondement le plus direct. À l'inverse, la requalification du contrat, qui se joue sur le terrain de la forme, ne s'en accompagne qu'exceptionnellement.
Le licenciement pour motif personnel se tient dans la moyenne, mais concentre par son volume l'essentiel des demandes : 405 des 442 arrêts de la cohorte. Les montants, eux, ne suivent pas ce classement — 5 000 € pour le motif personnel, 4 500 € en résiliation judiciaire, 3 100 € en prise d'acte, contre 9 000 € pour le motif économique, sur dix arrêts seulement. C'est la fréquence du grief, bien plus que son montant, qui distingue les voies de rupture.
- Motif économique9 000 €
- Motif personnel5 000 €
- Prise d'acte de la rupture du contrat de travail3 100 €
- Résiliation ou résolution judiciaire4 500 €
Recalculé le 26 août 2026
Le grief de harcèlement selon le statut professionnel
Part des affaires comportant un grief de harcèlement (moyenne du corpus : 13 %)
- Agent de maîtrise — 20 % (18 sur 89)
- Cadre — 19 % (139 sur 749)
- Cadre dirigeant — 16 % (9 sur 56)
- Cadre intermédiaire — 16 % (14 sur 88)
- Employé — 14 % (197 sur 1 457)
- Technicien — 11 % (19 sur 180)
- Ouvrier — 5 % (38 sur 696)
La fréquence du grief croît avec la position hiérarchique : un cadre sur cinq le soulève, contre un ouvrier sur vingt. L'écart est de un à quatre, et il repose aux deux extrêmes sur des effectifs conséquents — 749 arrêts concernant des cadres, 696 des ouvriers.
Les montants, eux, ne suivent pas ce classement : ils l'inversent en partie. La médiane la plus élevée revient aux ouvriers (8 000 €, sur 38 arrêts), devant les cadres (6 000 €, sur 139) ; techniciens et agents de maîtrise ferment la marche autour de 3 500 €. Le grief est donc rare chez les ouvriers, mais mieux indemnisé lorsqu'il prospère — un contraste dont ce rapport ne permet pas d'établir la cause, et qui appelle une lecture prudente compte tenu des effectifs.
- Agent de maîtrise3 300 €
- Cadre6 000 €
- Cadre dirigeant5 000 €
- Cadre intermédiaire5 000 €
- Employé5 000 €
- Ouvrier8 000 €
- Technicien3 500 €
Recalculé le 26 août 2026
Le grief de harcèlement selon le sexe du salarié
Part des affaires comportant un grief de harcèlement (moyenne du corpus : 13 %)
- Femmes — 19 % (224 sur 1 198)
- Hommes — 10 % (187 sur 1 886)
Le grief de harcèlement est soulevé près de deux fois plus souvent par des salariées, alors qu'elles sont minoritaires dans le contentieux de la rupture : 1 198 arrêts les concernent, contre 1 886 pour les salariés. En valeur absolue, elles forment malgré tout la majorité de la cohorte — 224 arrêts sur les 411 où le sexe est renseigné.
Le montant médian est en revanche rigoureusement identique : 5 000 € de part et d'autre. L'écart porte sur la fréquence du grief, non sur ce que la cour lui reconnaît.
- Féminin5 000 €
- Masculin5 000 €
Recalculé le 26 août 2026
Le grief de harcèlement selon la cour d'appel
Part des affaires comportant un grief de harcèlement, par cour (moyenne du corpus : 13 %)
- Orléans — 25 % (18 sur 73)
- Grenoble — 21 % (12 sur 56)
- Colmar — 20 % (15 sur 75)
- Toulouse — 18 % (27 sur 147)
- Douai — 16 % (56 sur 350)
- Reims — 16 % (9 sur 57)
- Nîmes — 14 % (15 sur 105)
- Lyon — 14 % (17 sur 122)
- Dijon — 13 % (8 sur 64)
- Aix-en-Provence — 11 % (56 sur 510)
- Versailles — 11 % (21 sur 197)
- Paris — 11 % (74 sur 697)
- Bordeaux — 11 % (11 sur 104)
- Montpellier — 10 % (16 sur 165)
- Rennes — 9 % (9 sur 97)
L'écart va de un à près de trois entre Rennes et Orléans. Les trois cours au plus fort volume — Paris, Aix-en-Provence, Versailles — se situent toutes sous la moyenne : elles jugent beaucoup d'affaires de rupture, mais le harcèlement y occupe une place proportionnellement plus faible qu'à Orléans, Grenoble ou Colmar, où il est présent dans une affaire sur cinq.
Ces écarts ne disent rien, à eux seuls, d'une sévérité ou d'une indulgence propre à telle cour : ils mesurent la fréquence d'un grief, laquelle dépend d'abord du tissu économique et des pratiques de saisine du ressort. La carte, elle, ordonne les cours par le nombre d'arrêts de la cohorte (taille des cercles) : elle ne doit pas être lue comme une carte des proportions, que seule la liste ci-dessus renseigne.
Paris concentre 20 % du volume cumulé — un quart de plus que Aix-En-Provence.
- Nombre d'arrêts de la cohorte
- taille du cercle · 8 → 74
Recalculé le 26 août 2026
L'issue du licenciement dans les affaires comportant un grief de harcèlement
Issue du licenciement, parmi les 442 issues relevées
- Licenciement justifié — 37 % (163)
- Licenciement nul — 34 % (149)
- Licenciement sans cause réelle et sérieuse — 29 % (130)
Lorsqu'une affaire comporte un grief de harcèlement, la cour tient le licenciement pour fondé dans un peu plus d'un cas sur trois. Dans les deux tiers restants, elle le censure — et, parmi ces censures, la nullité l'emporte : 149 arrêts contre 130 pour la seule absence de cause réelle et sérieuse.
L'enjeu de cette préférence est considérable. La nullité est la sanction la plus protectrice : elle ouvre droit à réintégration et écarte le barème de l'article L. 1235-3 du code du travail, dont le plafonnement s'impose au contraire lorsque le licenciement est seulement dépourvu de cause réelle et sérieuse. Autrement dit, l'indemnisation du salarié se joue bien davantage sur la qualification de l'issue que sur le poste harcèlement lui-même, dont la médiane reste de 5 000 €.
Une précaution de lecture : la nullité relevée ici n'est pas nécessairement prononcée au titre du harcèlement. La ventilation mesure l'issue du licenciement, non son motif d'annulation.
- Licenciement justifié163 (37 %)
- Licenciement nul149 (34 %)
- Licenciement sans cause réelle et sérieuse130 (29 %)
Recalculé le 26 août 2026
Six arrêts où l'enjeu du poste harcèlement est le plus élevé
Ces six arrêts sont ceux où le montant en jeu au titre du harcèlement est le plus élevé. Le montant qui commande le classement n'est pas nécessairement celui qu'a retenu la cour : il peut s'agir d'une somme réclamée, ou d'une condamnation prononcée en première instance puis remise en cause en appel. Le commentaire placé sous chaque décision restitue ce que porte effectivement le poste harcèlement, phase par phase.
Les issues s'étagent du rejet pur et simple à 80 000 €. Deux enseignements s'en dégagent. Une demande chiffrée élevée ne préjuge pas de son sort : la reconnaissance du harcèlement dépend des éléments de preuve, non du montant réclamé. Et l'appel rebat les cartes dans les deux sens — il arrive que la cour double la somme allouée en première instance comme qu'elle écarte intégralement un grief pourtant accueilli par le conseil de prud'hommes.
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Commencer l'essai gratuitRecalculé le 26 août 2026
- Cohorte : 442 arrêts de cour d'appel, parmi les 3 377 arrêts de rupture du contrat de travail rendus entre le 1er janvier 2024 et le 11 juin 2026 et notés Veriscore A — le plus haut niveau de fiabilité de Themia. Sont retenues les décisions comportant un poste de dommages-intérêts pour harcèlement moral ou sexuel.
- Périmètre : les taux présentés décrivent le contentieux tel qu'il apparaît dans ce sous-ensemble vérifié. Ils ne se transposent pas mécaniquement à l'ensemble des arrêts rendus sur la période.
- Harcèlement moral et sexuel ne sont pas distingués : ils relèvent du même poste de réparation.
- Montants : ils agrègent ce que portent les arrêts au poste harcèlement. Sommes allouées et sommes demandées s'y mêlent, et la phase — première instance ou appel — n'est pas isolée dans les agrégats. Les demandes écartées par la cour ne portent aucun montant : elles n'entrent pas dans les médianes, qui ne mesurent donc pas une espérance de gain.
- Part des affaires : chaque taux rapporte les arrêts de la cohorte à l'ensemble des arrêts de même catégorie — même voie de rupture, même statut, même cour — dans le corpus de référence de la période. Les catégories à faible effectif sont signalées sous les graphiques concernés.
- Issue du licenciement : la ventilation justifié / sans cause réelle et sérieuse / nul mesure le sort réservé à la rupture, non le motif de son annulation. Une nullité n'y est pas nécessairement prononcée au titre du harcèlement.
- Période : la cohorte est circonscrite aux arrêts rendus de janvier 2024 à juin 2026. Le corpus reste trop concentré dans le temps pour autoriser une lecture d'évolution : aucune tendance n'est présentée.
- Calcul : chiffres arrêtés au 26 août 2026. Ils peuvent différer d'une version antérieure de ce rapport.
Ce rapport a été produit avec l'assistance d'une intelligence artificielle générative, sous la direction scientifique de Christophe Quézel-Ambrunaz. Les chiffres et indicateurs sont calculés à partir du corpus Themia ; les interprétations restent à la charge du lecteur. Les références jurisprudentielles citées ont vocation à être vérifiées avant tout usage professionnel.
Au poste de dommages-intérêts pour harcèlement, la médiane s'établit à 5 000 € : la moitié des montants relevés lui sont inférieurs. La moitié centrale se situe entre 3 000 € et 8 000 € ; un montant sur dix dépasse 13 900 €. La moyenne, proche de 7 500 €, excède la médiane : elle est tirée vers le haut par une minorité d'arrêts à forte indemnisation — jusqu'à 80 000 € dans l'échantillon présenté plus bas.
Ces chiffres agrègent ce que portent les arrêts au poste harcèlement, toutes postures confondues : sommes allouées et sommes demandées s'y mêlent. Les demandes écartées par la cour, qui ne portent aucun montant, en sont absentes — la médiane décrit donc ce qui se joue au poste, non l'espérance de gain d'un salarié qui l'invoque. L'indemnisation demeure mesurée, concentrée autour de quelques milliers d'euros.