JurimetriaThemia

Dommage corporel

La perte de revenus des proches

En cas de décès, la moitié des sommes allouées au conjoint survivant est inférieure à 100 670 €, et à 23 581 € pour chaque enfant ; en cas de survie, le poste répare surtout la perte de revenus d’un parent. Décisions de 2022 à 2026 : lien de parenté, âge du défunt, ordres et degrés de juridiction, barèmes de capitalisation.

Publié le 16 septembre 2026

Méthodologie

La nomenclature Dintilhac range la perte de revenus des proches parmi les préjudices patrimoniaux des victimes indirectes. Le poste recouvre deux situations distinctes.

  • En cas de décès, il répare la perte ou la diminution des revenus que le défunt apportait au foyer. Le calcul usuel part du revenu annuel du ménage avant le décès, en retranche la part que le défunt consacrait à sa propre consommation, puis répartit la perte entre le conjoint survivant et les enfants à charge, chacun pour une durée propre, enfin capitalise les arrérages futurs à l’aide d’un barème.
  • En cas de survie, il répare la perte de revenus d’un proche, le plus souvent un parent ou le conjoint, qui réduit ou cesse son activité pour se tenir auprès de la victime directe.

Le corpus couvre les décisions des juridictions judiciaires et administratives rendues de 2022 à 2026 qui allouent une somme à ce titre. Le montant relevé est celui que la juridiction fixe pour le poste. Deux réserves de lecture :

  • le montant s’entend le plus souvent après déduction de prestations perçues du fait du décès (capital décès, rente de conjoint, pension de réversion), dont la déduction varie selon les juridictions et les espèces ;
  • une même décision alloue souvent plusieurs sommes, au conjoint et à chacun des enfants : les indicateurs portent sur les sommes allouées, non sur les décisions.

Montants alloués au titre de la perte de revenus des proches

Sur 428 sommes allouées, la moitié est inférieure à 31 191 €. Un quart des sommes est inférieur à 11 274 €, trois quarts sont inférieures à 109 917 €, et une somme sur dix dépasse 327 004 €. Entre la première et la dernière de ces bornes, le rapport est d’un à trente : le montant dépend du revenu du défunt, de la composition du foyer, de la durée retenue pour chaque bénéficiaire et des prestations imputées. La médiane globale mêle en outre deux situations distinctes, décès et survie, que le bloc suivant sépare.

2 300 €p10327 000 €p9011 300 €Q1110 000 €Q331 200 €médiane
La moitié des observations s'étendent de 11 300 € à 110 000 € (médiane 31 200 €) ; 80 % entre 2 300 € et 327 000 €. .

Recalculé le 16 septembre 2026

Victime directe décédée ou survivante

Strate « 1 » : victime directe décédée ; strate « 0 » : victime directe survivante. Le décès concentre l’essentiel des sommes allouées à ce titre : 216 sommes, dont la moitié est inférieure à 39 225 €. En cas de survie, 37 sommes seulement, dont la moitié est inférieure à 3 813 € : ces sommes réparent la réduction ou la cessation d’activité d’un proche auprès de la victime.

Trier
Victime directe décédéeMédiane · Perte de revenus des proches
  1. 037 (15 %)3 800 €
  2. 1216 (85 %)39 200 €
2 strates · 253 décisions au total.

Recalculé le 16 septembre 2026

Montant médian par juridiction, décès et survie

Série « 1 » : victime directe décédée ; série « 0 » : victime directe survivante. En cas de décès, la moitié des sommes est inférieure à 47 290 € devant les tribunaux administratifs (78 sommes), 44 830 € devant les cours d’appel (53), 41 113 € devant les tribunaux judiciaires (40) et 27 172 € devant les cours administratives d’appel (44). Les médianes des trois premières juridictions sont proches ; celle des cours administratives d’appel est inférieure d’environ 40 %. La valeur du Conseil d’État repose sur une seule somme, et les effectifs de survie (4 à 13 sommes par juridiction) ne permettent pas de comparaison.

Victime directe décédée10
313 000 €Conseil d'État47 300 €15 900 €Tribunal administratif44 800 €3 800 €Cour d'appel41 100 €1 400 €Tribunal judiciaire27 200 €5 000 €Cour administrative d'appel
Juridiction × Victime directe décédée · 5 strates · 2 séries · 258 décisions au total.

Recalculé le 16 septembre 2026

Conjoint, enfants, parents : trois figures du poste

Le lien de parenté du bénéficiaire distingue trois figures, chacune attachée à une situation dominante.

Le conjoint survivant, en cas de décès. C’est le bénéficiaire principal du poste.

  • 221 sommes allouées ; la moitié est inférieure à 100 670 €.
  • Un quart des sommes est inférieur à 30 510 €, trois quarts sont inférieures à 287 130 €, une sur dix dépasse 476 315 €.
  • La médiane des sommes demandées s’établit à 189 876 € (231 demandes) : la médiane allouée en représente un peu plus de la moitié.
  • En cas de survie de la victime directe, le conjoint reçoit rarement une somme à ce titre (25 sommes, médiane de 2 850 €).

Les enfants, en cas de décès d’un parent.

  • 163 sommes allouées ; la moitié est inférieure à 23 581 €.
  • Un quart des sommes est inférieur à 10 893 €, trois quarts sont inférieures à 43 463 €, une sur dix dépasse 85 703 €.
  • La médiane des sommes demandées s’établit à 30 440 € (162 demandes) : la médiane allouée en représente plus des trois quarts.
  • La perte de l’enfant est usuellement calculée jusqu’à la fin de sa dépendance économique, souvent fixée entre 20 et 25 ans ; celle du conjoint court sur une durée bien plus longue.

Les parents, surtout en cas de survie de l’enfant victime. Le poste change ici de nature : il répare le revenu que le parent a perdu pour accompagner son enfant blessé.

  • 33 sommes allouées en survie ; la moitié est inférieure à 13 918 €, trois quarts sont inférieures à 22 347 €.
  • En cas de décès de l’enfant, 24 sommes, dont la moitié est inférieure à 6 590 €.

Les frères et sœurs et les autres proches ne reçoivent presque jamais de somme à ce titre : moins d’une dizaine de décisions sur la période.

Le conjoint survivant : âge du défunt et juridiction

Pour le conjoint survivant en cas de décès, le montant décroît régulièrement avec l’âge du défunt.

Âge du défuntSommes allouéesMontant médian
30 à 40 ans24250 636 €
40 à 50 ans31202 641 €
50 à 60 ans46136 313 €
60 à 70 ans3574 434 €
70 à 80 ans2250 725 €

De la tranche 30–40 ans à la tranche 70–80 ans, la médiane est divisée par cinq. Dans les décisions lues, la perte annuelle est capitalisée sur la durée d’activité restante du défunt, puis, le cas échéant, sur la part de sa pension de retraite qui profitait au foyer. Les effectifs de moins de 30 ans et de plus de 80 ans sont trop faibles pour être lus.

Selon la juridiction. Pour ce même bénéficiaire, la moitié des sommes est inférieure à :

JuridictionSommes allouéesMontant médian
Tribunal administratif7491 278 €
Tribunal judiciaire3071 300 €
Cour d’appel (montants fixés par l’arrêt)43136 830 €
Cour administrative d’appel (montants fixés par l’arrêt)3662 982 €

En appel, la médiane des arrêts des cours d’appel est plus de deux fois supérieure à celle des cours administratives d’appel. Pour les enfants, l’écart entre ordres est moins marqué : médiane de 25 664 € devant les cours d’appel, 17 300 € devant les cours administratives d’appel, 35 527 € devant les tribunaux judiciaires et 18 924 € devant les tribunaux administratifs. Ces comparaisons ne neutralisent ni l’âge du défunt, ni ses revenus, ni l’imputation des prestations.

Les barèmes de capitalisation

La perte future se capitalise. Sur les décisions qui allouent une somme au titre de la perte de revenus des proches, 154 désignent un barème de capitalisation, pour ce poste ou pour un autre poste de la même espèce. Les tables de la Gazette du Palais y sont presque exclusives.

BarèmeDécisions
Gazette du Palais 2022, taux de 0 %60
Gazette du Palais 2025, tables stationnaires30
Gazette du Palais 2020, taux de 0 %27
Gazette du Palais 2025, tables prospectives18
Gazette du Palais 2018, taux de 0,5 %6
Gazette du Palais 2022, taux de −1 %6
Gazette du Palais 2020, taux de 0,3 %3
BCRIV (éditions 2021 et 2025)4

Les éditions 2025 de la Gazette du Palais représentent 48 désignations, soit près d’un tiers, sans que les éditions 2020 et 2022 aient disparu. Le choix du barème et du taux pèse lourdement sur les pertes de longue durée, celles du conjoint d’un défunt jeune en premier lieu.

Huit décisions commentées

Huit décisions de 2025 et 2026 fixent elles-mêmes la perte de revenus des proches et en exposent la méthode de calcul.

La part d’autoconsommation du défunt, pivot du calcul. Elle varie de 20 à 40 % selon la composition du foyer.

Ce qui vient en déduction, et ce qui n’y vient pas.

  • La pension de réversion est retranchée du revenu disponible, à Poitiers dès sa date d’ouverture, à Bordeaux avec l’ensemble des revenus de la veuve.
  • La cour d’appel de Paris déduit le capital décès et la rente de conjoint versés par l’organisme de prévoyance (281 273 € et 11 753 €), ainsi que le capital décès de la caisse primaire : la perte échue passe de 411 712 € à 115 286 €.
  • La cour d’appel de Versailles déduit de la part de la veuve un capital décès de 37 557 €, dont elle retient qu’il « a une vocation indemnitaire, susceptible de subrogation ». Elle refuse en revanche de déduire le salaire de l’emploi pris par la veuve après le décès : « ces revenus ne viennent pas diminuer l’indemnisation, faute de lien de causalité direct avec le fait dommageable ».

Le terme de la perte et le barème.

  • Rente viagère capitalisée au barème de la Gazette du Palais 2025, « outil adapté » selon la cour d’appel de Poitiers ; au barème de la Gazette du Palais 2022 au taux de −1 % pour la cour d’appel de Paris, qui écarte le référentiel de l’ONIAM.
  • À Versailles, la perte du foyer court jusqu’aux 69 ans que le défunt entendait atteindre en activité, au barème de la Gazette du Palais 2025 à 0,5 % ; chaque enfant reçoit 20 % de la perte annuelle jusqu’à 25 ans, soit 17 654 €, 20 563 € et 26 282 € selon son âge.
  • La cour administrative d’appel de Versailles limite la perte à la seule année qui suit le décès, les chances de survie du défunt au-delà d’une année étant, « indépendamment de la faute, fort compromises ».
  • Le tribunal administratif de Paris alloue une rente annuelle revalorisée plutôt qu’un capital.

Demande, offre, décision. L’écart entre les positions est souvent considérable.

EspèceDemandeOffreDécision
CA Poitiers (veuve)325 916 €147 562 €177 426 €
CA Paris (veuve)1 580 123 €301 766 €521 377 €
CA Versailles (veuve)520 130 €rejet76 961 €
CAA Versailles (veuve)791 958 €rejet ; à titre subsidiaire, 327 € pour une année13 430 €

À Bordeaux, la perte de revenus de la veuve est évaluée à 83 201 €, arrêtée au départ à la retraite de celle-ci : au-delà, ses revenus, pensions de réversion comprises, excèdent le revenu disponible du foyer.

En cas de survie : le parent qui réduit ou quitte son activité.

  • Le tribunal administratif d’Orléans alloue 22 347 € à la mère d’un enfant atteint d’une infirmité motrice cérébrale, qui « est passée d’un temps complet à un mi-temps » de 2014 à 2018. Il rejette la demande du père, de 214 258 €, faute pour celui-ci de démontrer « qu’il serait totalement empêché de travailler » (TA Orléans, 4e ch., 12 mars 2026, n° 2204573).
  • Statuant sur renvoi après cassation, la cour d’appel de Paris indemnise une mère qui avait renoncé à un emploi à l’étranger pendant l’hospitalisation de son fils de douze ans. Elle limite la perte à 143 jours et l’évalue à 32 435 €, contre 165 095 € demandés ; au-delà, le maintien en France « résulte d’un choix personnel » (CA Paris, pôle 4 ch. 11, 27 nov. 2025, n° 24/19775).

Lire un montant. Une somme s’entend presque toujours après déduction de prestations dont le montant ne figure pas dans les indicateurs. Un arrêt qui se borne à rappeler le jugement, ou une ordonnance du conseiller de la mise en état, ne fixe pas le poste : les montants qui y figurent ne sont pas ceux de la décision. Enfin, certaines juridictions administratives réparent sous un intitulé global la perte professionnelle d’un parent et les troubles dans ses conditions d’existence, ce qui interdit d’isoler la perte de revenus.

Réserve

Ce rapport a été produit avec l’assistance d’une intelligence artificielle générative, sous la direction scientifique de Christophe Quézel-Ambrunaz. Les chiffres et indicateurs sont calculés à partir du corpus Themia ; les interprétations restent à la charge du lecteur. Les références jurisprudentielles citées ont vocation à être vérifiées avant tout usage professionnel.