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Baux commerciaux

Disparités territoriales du contentieux des baux commerciaux

Exploration territoriale de 16 959 décisions de tribunaux judiciaires et de cours d'appel (2022-2026) : volumes par siège, structure des demandes, arriérés de loyers demandés et alloués, indemnité d'éviction, article 700.

Publié le 24 août 2026

Méthodologie

Le contentieux des baux commerciaux est-il le même à Paris, à Lyon ou à Nîmes ? Ce rapport explore les disparités territoriales du corpus sous trois angles : le volume et la nature des demandes portées devant les juridictions, les montants demandés et alloués (arriérés de loyers, indemnité d'éviction), et l'indemnité de procédure de l'article 700 du code de procédure civile.

Le corpus couvre 16 959 décisions rendues de 2022 à 2026, dont 9 648 par des tribunaux judiciaires et 7 311 par des cours d'appel. 12 295 décisions sont rattachées à une ville.

Deux précautions de lecture :

  • La ville est celle du siège de la juridiction. « Paris » regroupe ainsi le tribunal judiciaire et la cour d'appel de Paris ; le ressort d'une cour d'appel dépasse sa ville siège.
  • Les cartes chiffrées de ce rapport agrègent tous les montants figurant dans les décisions, demandes et allocations confondues. Les médianes distinguant montants demandés et montants alloués sont données dans les passages rédigés, calculées séparément sur le même corpus.

Géographie du contentieux : où se juge le bail commercial

Chaque cercle représente une ville siège de juridiction ; sa taille est proportionnelle au nombre de décisions du corpus qui s'y rattachent. Paris concentre près d'un tiers des décisions localisées, et l'Île-de-France (Paris, Versailles, Bobigny, Pontoise, Nanterre) près de la moitié.

Paris concentre 29 % du volume cumulé — plus de trois fois Aix-En-Provence.

ParisAix-En-ProvenceBobigny
Volume
taille du cercle · 143 → 2 226

Recalculé le 20 août 2026

Un corpus en forte croissance

Le nombre de décisions disponibles croît fortement sur la période, sous l'effet de l'ouverture progressive des décisions de première instance. L'année 2026 est en cours : son total est provisoire.

6412 7024 7632 56320222023202420252026
De 828 en 2022 à 2 563 en 2026 · . .

Recalculé le 20 août 2026

Arriérés de loyers : un gradient territorial marqué

Montants d'arriérés de loyers figurant dans les décisions, demandes et allocations confondues (médiane par ville siège, cohorte fiabilisée). Versailles (28 340 €) et Paris (25 560 €) se détachent nettement de Lyon (7 836 €) et Nîmes (4 051 €). La valeur très basse de Marseille repose sur un petit nombre de montants relevés et doit être lue avec prudence.

Trier
Ville siègeMédiane · Arriérés de loyers
  1. Aix-En-Provence586 (9 %)13 700 €
  2. Bobigny513 (8 %)13 200 €
  3. Bordeaux410 (7 %)15 000 €
  4. Lyon434 (7 %)7 800 €
  5. Marseille273 (4 %)1 100 €
  6. Montpellier227 (4 %)10 600 €
  7. Nanterre324 (5 %)16 900 €
  8. Nîmes260 (4 %)4 100 €
  9. Paris2 226 (36 %)25 600 €
  10. Pontoise341 (5 %)13 400 €
  11. Toulouse217 (3 %)10 100 €
  12. Versailles434 (7 %)28 300 €
12 strates · 6 245 décisions au total.

Recalculé le 20 août 2026

Demandé et alloué : la disparité vient des demandes

Les médianes calculées séparément sur les montants demandés et sur les montants alloués (corpus complet) montrent que le gradient territorial est déjà présent dans les demandes des bailleurs, et que les juridictions allouent partout une fraction comparable de ce qui est demandé :

Ville siègeArriérés demandés (médiane)Arriérés alloués (médiane)
Versailles29 113 €28 340 €
Paris31 692 €26 292 €
Pontoise19 548 €19 406 €
Aix-en-Provence21 171 €17 502 €
Bordeaux14 900 €17 010 €
Bobigny16 970 €15 433 €
Nanterre18 076 €15 159 €
Montpellier15 223 €13 207 €
Rennes14 483 €11 158 €
Lyon10 865 €8 862 €
Nîmes7 405 €6 601 €

Deux constats :

  • Les montants demandés vont du simple au quadruple entre Nîmes et Paris. Cette hiérarchie suit vraisemblablement celle des loyers commerciaux locaux, l’arriéré étant un multiple du loyer.
  • Le rapport entre médiane allouée et médiane demandée reste dans une fourchette étroite, de l’ordre de 80 à 100 % dans presque toutes les villes. Le gradient territorial apparaît donc dès les demandes, sans écart notable du taux d’allocation entre villes.

Ces médianes sont calculées séparément sur chaque population de montants ; à Bordeaux, où la médiane allouée dépasse la médiane demandée, les deux populations de décisions ne se recouvrent que partiellement (59 décisions avec montant demandé, 37 avec montant alloué).

Article 700 : une indemnité de procédure homogène sur le territoire

Là où les enjeux économiques varient du simple au quadruple selon les villes, l'indemnité de l'article 700 du code de procédure civile reste dans une bande étroite autour de 1 500 à 2 000 €.

Trier
Ville siègeMédiane · Article 700 CPC
  1. Aix-En-Provence586 (9 %)2 000 €
  2. Bobigny513 (8 %)1 500 €
  3. Bordeaux410 (7 %)1 500 €
  4. Lyon434 (7 %)1 500 €
  5. Marseille273 (4 %)2 000 €
  6. Montpellier227 (4 %)2 000 €
  7. Nanterre324 (5 %)1 500 €
  8. Nîmes260 (4 %)1 500 €
  9. Paris2 226 (36 %)2 100 €
  10. Pontoise341 (5 %)1 800 €
  11. Toulouse217 (3 %)1 500 €
  12. Versailles434 (7 %)2 000 €
12 strates · 6 245 décisions au total.

Recalculé le 20 août 2026

L'indemnité d'éviction, un contentieux parisien

L'évaluation de l'indemnité d'éviction se plaide massivement à Paris. Sur le corpus complet, 238 décisions parisiennes ont pour demande principale l'évaluation ou le paiement de l'indemnité d'éviction, contre 22 à Bobigny par exemple ; et sur les 132 décisions de toute la France qui chiffrent une indemnité principale d'éviction allouée (indemnité de remplacement du fonds), 62 émanent de juridictions parisiennes.

Sur ces montants alloués :

  • France entière (132 décisions) : la moitié des décisions allouent moins de 127 866 € ; un quart moins de 59 959 € ; un quart plus de 417 122 €.
  • Paris (62 décisions) : la moitié des décisions allouent moins de 186 600 € ; un quart moins de 83 723 € ; un quart plus de 456 430 €.

Côté demandes, la médiane des indemnités de remplacement demandées s'établit à 210 111 € (212 décisions, France entière), à rapprocher de la médiane allouée de 127 866 € : sur ce poste, l'écart entre demande et allocation est nettement plus marqué que pour les arriérés de loyers.

Hors Paris, les effectifs par ville (une à huit décisions chiffrées) ne permettent aucune médiane locale sérieuse : en l'état du corpus, la disparité territoriale sur l'indemnité d'éviction est d'abord une disparité d'accès à la donnée chiffrée.

Des juridictions au contentieux très différent

La nature des demandes principales varie fortement d'un siège à l'autre. Partout, le couple paiement des loyers et charges / résiliation du bail / expulsion domine, mais dans des proportions très inégales (part parmi les décisions localisées du siège, corpus complet) :

Ville siègePart des demandes en paiement / résiliation / expulsion
Pontoise91 %
Bobigny74 %
Versailles66 %
Nanterre64 %
Lyon61 %
Aix-en-Provence54 %
Paris50 %
Bordeaux39 %

Les sièges de grande couronne et de petite couronne (Pontoise, Bobigny) traitent un contentieux presque exclusivement de recouvrement et d'expulsion. Paris présente au contraire un contentieux diversifié, où la fixation du prix du bail révisé ou renouvelé (397 décisions) et l'évaluation de l'indemnité d'éviction (238 décisions) occupent une place sans équivalent ailleurs.

Parmi les motifs de résiliation invoqués, l'impayé de loyers ou de charges arrive partout en tête. Le deuxième motif varie selon les sièges : défaut d'assurance dans la plupart des villes (particulièrement présent à Bordeaux, avec 32 décisions pour 155 décisions d'impayés), non-respect de la clause de destination à Versailles, cessation d'exploitation et défaut d'entretien à Lyon.

Exemples de décisions statuant sur l'indemnité d'éviction

Décisions récentes dont la demande principale porte sur l'évaluation ou le paiement de l'indemnité d'éviction, à titre d'illustration du contentieux décrit ci-dessus. Chaque décision a été vérifiée à la lecture de son dispositif.

· · ·

1.CA Cayenne, Ch. Civile, 10 août 2026, n° 23/00499Fixation de l'indemnité d'éviction suite à congé sans offre de renouvellement d'un bail commercial de restaurant, droit de repentir du nouveau bailleur jugé tardif.

44 250 € alloués au titre de l'indemnité d'éviction et des frais de réinstallation ; droit de repentir du bailleur jugé tardif.

2.TJ Toulon, 1ère Ch., 23 juillet 2026, n° 24/05878Résiliation judiciaire du bail commercial rejetée, expertise ordonnée pour fixer l'indemnité d'éviction et l'indemnité d'occupation.

Expertise ordonnée pour évaluer l'indemnité d'éviction (art. L. 145-14 du code de commerce).

3.CA Paris, Pôle 5 - Ch. 3, 9 juillet 2026, n° 23/03002Contestation du montant de l'indemnité d'éviction suite à congé sans renouvellement d'un bail commercial portant sur des salles de cinéma, avec fixation partielle au passif de la procédure de sauvegarde du bailleur.

Indemnité d'éviction fixée à 4 380 370 € par la cour, après fixation à 4 864 120 € en première instance.

4.TJ Paris, 18° Ch. 1ère section, 7 juillet 2026, n° 24/03574Refus de renouvellement de bail commercial avec fixation de l'indemnité d'éviction et de l'indemnité d'occupation.

Indemnité d'éviction fixée à 402 521 €, en l'absence d'exercice du droit de repentir.

5.TJ Albertville, 1ère Ch., 3 juillet 2026, n° 21/00090Congé sans offre de renouvellement d'un bail commercial de résidence de tourisme, fixation de l'indemnité d'éviction et de l'indemnité d'occupation, rejet de la prescription biennale soulevée par le preneur.

Indemnité d'éviction principale de 69 318 €, avec maintien dans les lieux jusqu'à son paiement.

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Recalculé le 24 août 2026

Réserve

Plusieurs limites bornent la portée de ces constats.

  • Deux assiettes de calcul coexistent. Les cartes et graphiques calculés de ce rapport portent sur le sous-ensemble le plus fiable du corpus (de l’ordre de 6 000 à 10 500 décisions selon l’instrument) ; les chiffres cités dans les passages rédigés sont calculés sur le corpus complet (16 959 décisions). Les ordres de grandeur et les hiérarchies entre villes concordent d’une assiette à l’autre ; les valeurs exactes peuvent différer légèrement.
  • Les cartes chiffrées mêlent demandes et allocations. Le graphique des arriérés par ville agrège tous les montants relevés dans les décisions, qu’ils soient demandés, offerts ou alloués ; la distinction demandé / alloué figure dans le passage rédigé correspondant.
  • La ville est le siège de la juridiction, et regroupe tribunal judiciaire et cour d’appel ; le ressort d’une cour d’appel excède largement sa ville siège.

Note éditoriale

Quelle que soit la matière observée — droit du travail, dommage corporel, ici baux commerciaux —, la jurimétrie fait apparaître des disparités territoriales dans le contentieux. Elles tiennent tant à des facteurs socio-économiques, qui façonnent les faits juridiques portés devant les juridictions, qu’aux habitudes des acteurs locaux — une forme de culture propre à chaque ressort.

Réserve

Ce rapport a été produit avec l’assistance d’une intelligence artificielle générative, sous la direction scientifique de Christophe Quézel-Ambrunaz. Les chiffres et indicateurs sont calculés à partir du corpus Themia ; les interprétations restent à la charge du lecteur. Les références jurisprudentielles citées ont vocation à être vérifiées avant tout usage professionnel.