JurimetriaThemia

Dommage corporel

Les frais de véhicule adapté

La moitié des décisions allouent moins d’environ 12 600 € au titre des frais de véhicule adapté ; la médiane passe de près de 18 000 € pour une victime de 20 à 30 ans à 4 100 € au-delà de 70 ans. Décisions judiciaires et administratives de 2022 à 2026 : demande, offre et décision, gravité et âge de la victime, ordres de juridiction et sièges, calcul du surcoût, de son renouvellement et de sa capitalisation.

Publié le 18 septembre 2026

Le poste et la cohorte

Les frais de véhicule adapté forment, dans la nomenclature Dintilhac, un poste de préjudice patrimonial permanent de la victime directe. Ils couvrent les dépenses nécessaires à l’adaptation d’un ou de plusieurs véhicules aux besoins de la victime atteinte d’un handicap permanent, ainsi que le surcoût lié au renouvellement du véhicule et à son entretien.

La cohorte réunit 564 décisions rendues entre 2022 et 2026 qui fixent une somme au titre de ce poste : tribunaux judiciaires, cours d’appel, tribunaux administratifs et cours administratives d’appel. Le poste est demandé dans 710 décisions ; toutes ne se concluent pas par une allocation.

Les montants sont donnés avant toute réduction au titre d’une faute de la victime, d’un partage de responsabilité ou d’une perte de chance.

Montant alloué au titre des frais de véhicule adapté

La moitié des décisions allouent moins d’environ 12 600 € au titre des frais de véhicule adapté. Un quart allouent moins d’environ 6 300 €, trois quarts moins d’environ 26 100 €. Une décision sur dix alloue plus d’environ 68 800 €. Dans les décisions commentées plus bas, les montants de l’ordre de la médiane réparent le surcoût d’une boîte de vitesses automatique (1 600 à 4 400 € par véhicule, renouvelé et capitalisé) ; les montants les plus élevés, l’aménagement complet d’un véhicule pour une personne tétraplégique.

68 800 €p9026 100 €Q312 600 €médiane
La moitié des observations s'étendent de 6 300 € à 26 100 € (médiane 12 600 €). .

Recalculé le 23 septembre 2026

Demande, offre et décision

Pris montant par montant, et non décision par décision, les trois positions se situent aux niveaux suivants.

PositionNombre de montantsUn quart en dessous deMédianeTrois quarts en dessous de
Demande71710 800 €21 700 €55 200 €
Offre1372 000 €5 100 €11 600 €
Décision5935 900 €12 000 €24 400 €

Une même décision peut en effet comporter plusieurs montants au titre du poste (véhicule et aménagement, premier achat et renouvellements), ce qui explique l’écart léger avec la médiane par décision donnée plus haut.

La médiane décidée se situe à un peu plus de la moitié de la médiane demandée, et à plus du double de la médiane offerte. L’écart s’accroît dans le haut de la distribution : un montant demandé sur dix dépasse 175 000 €, un montant alloué sur dix 72 000 €.

L’offre n’est chiffrée que dans une minorité de décisions, et au moins une offre chiffrée sur dix est nulle. Le défendeur conteste parfois le principe même du poste, notamment lorsque l’expert ne l’a pas retenu.

Montant médian alloué selon la juridiction

Les cours d’appel allouent le montant médian le plus élevé (environ 16 000 €), devant les tribunaux judiciaires (environ 12 400 €), les cours administratives d’appel (environ 11 700 €) et les tribunaux administratifs (environ 9 600 €). Au premier comme au second degré, la médiane des juridictions administratives est inférieure à celle des juridictions judiciaires. Une seule décision du Conseil d’État fixe le poste ; elle n’est pas représentée.

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JuridictionMédiane · Frais de véhicule adapté (médiane)
  1. Cour administrative d'appel48 (12 %)11 700 €
  2. Cour d'appel98 (24 %)16 000 €
  3. Tribunal administratif124 (31 %)9 600 €
  4. Tribunal judiciaire131 (33 %)12 400 €
4 strates · 401 décisions au total.

Recalculé le 23 septembre 2026

Montant médian alloué selon le fait générateur

Les accidents médicaux et infections nosocomiales fournissent le plus grand nombre de décisions, devant les accidents de la circulation et les accidents du travail et maladies professionnelles. Les accidents de la circulation présentent la médiane la plus élevée ; les écarts entre faits générateurs restent de quelques milliers d’euros.

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Fait générateurMédiane · Frais de véhicule adapté (médiane)
  1. Accident de circulation101 (25 %)15 100 €
  2. Accident du travail et maladie professionnelle86 (22 %)10 900 €
  3. Accident médical et infection nosocomiale180 (45 %)11 900 €
  4. Autre régime de responsabilité31 (8 %)8 800 €
4 strates · 398 décisions au total.

Recalculé le 23 septembre 2026

Montant alloué selon le taux de déficit fonctionnel permanent

Rapportés au taux de déficit fonctionnel permanent retenu dans la même décision, les montants alloués se distribuent comme suit (490 décisions indiquant ce taux).

Taux de D.F.P.DécisionsUn quart en dessous deMédianeTrois quarts en dessous de
Moins de 20 %1595 000 €9 400 €14 500 €
De 20 à 39 %1494 900 €10 900 €16 400 €
De 40 à 59 %856 000 €11 200 €21 800 €
De 60 à 79 %467 600 €29 400 €82 200 €
80 % et plus5110 400 €28 400 €87 300 €

Jusqu’à 60 %, la médiane progresse peu, de 9 400 à 11 200 €. Au-delà, elle est multipliée par un peu plus de deux et demi, et la dispersion s’élargit : trois quarts des décisions restent sous 22 000 € entre 40 et 59 %, contre plus de 80 000 € à partir de 60 %.

Dans les décisions commentées plus bas, les taux inférieurs à 60 % correspondent à un équipement d’aide à la conduite (boîte de vitesses automatique, fourche au volant), les taux supérieurs à l’aménagement d’un véhicule pour le transport ou la conduite d’une personne en fauteuil roulant.

Près d’un tiers des décisions retiennent un taux inférieur à 20 % : le poste n’est pas réservé aux grands blessés.

Montant médian alloué par année de décision

D’une année à l’autre, la médiane reste comprise entre 11 900 et 13 300 € environ : aucune évolution nette sur la période. Les décisions de 2025 et 2026 représentent plus des deux tiers de la cohorte.

11 800 €12 600 €13 400 €13 264 €20222023202420252026
De 12 759 € en 2022 à 13 264 € en 2026 · . .

Recalculé le 23 septembre 2026

Montant médian alloué selon l’âge de la victime à la consolidation

Le montant médian décroît régulièrement avec l’âge de la victime à la consolidation : environ 24 000 € entre 10 et 20 ans, 17 800 € entre 20 et 30 ans, 13 600 € entre 30 et 50 ans, 9 200 € entre 50 et 60 ans, 6 700 € entre 60 et 70 ans et 4 100 € entre 70 et 80 ans. De 20 à 80 ans, la médiane est ainsi divisée par plus de quatre.

Cette décroissance ne s’accompagne pas d’une variation de la gravité des séquelles : de 20 à 80 ans, le taux médian de déficit fonctionnel permanent reste compris entre 23 et 35 % dans chaque tranche. Elle coïncide avec le mécanisme de calcul du poste : le surcoût est renouvelé et capitalisé par le prix de l’euro de rente viagère, qui diminue avec l’âge. À équipement égal, une victime jeune se voit allouer un nombre de renouvellements plus élevé.

Seule la tranche des moins de 20 ans réunit des séquelles nettement plus lourdes (taux médian de 57 %) : son niveau cumule l’effet de l’âge et celui de la gravité.

0 €12 500 €25 000 €2 110 €10–20 ans30–40 ans50–60 ans60–70 ans80–90 ans
De 24 000 € en 10–20 ans à 2 110 € en 80–90 ans · . .

Recalculé le 23 septembre 2026

Montant médian alloué selon le siège de la juridiction

Les douze sièges qui réunissent le plus de décisions, toutes juridictions de la ville confondues (tribunal judiciaire, cour d’appel, tribunal administratif, cour administrative d’appel). Versailles (environ 29 000 €) et Toulouse (environ 26 400 €) se détachent ; Paris suit (environ 16 500 €). La plupart des autres sièges se situent entre 10 500 et 13 500 € ; Rennes (environ 8 400 €) et Poitiers (environ 6 800 €) ferment la marche. Chaque siège ne réunit qu’une quinzaine à une trentaine de décisions : quelques espèces lourdes suffisent à déplacer une médiane.

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Siège de la juridictionMédiane · Frais de véhicule adapté (médiane)
  1. Aix-En-Provence15 (7 %)10 700 €
  2. Bordeaux27 (12 %)10 600 €
  3. Grenoble15 (7 %)10 700 €
  4. Lille16 (7 %)13 100 €
  5. Lyon21 (10 %)11 800 €
  6. Marseille19 (9 %)13 200 €
  7. Paris26 (12 %)16 500 €
  8. Poitiers14 (6 %)6 800 €
  9. Rennes13 (6 %)8 400 €
  10. Rouen17 (8 %)10 500 €
  11. Toulouse21 (10 %)26 400 €
  12. Versailles17 (8 %)29 000 €
12 strates · 221 décisions au total.

Recalculé le 23 septembre 2026

Lire les écarts entre sièges

Un écart entre deux villes peut tenir au profil des victimes plutôt qu’à la pratique des juridictions. L’âge et la gravité des séquelles jouant l’un et l’autre sur le montant (voir plus haut), le tableau suivant les rapproche, siège par siège.

SiègeÂge médian à la consolidationTaux médian de D.F.P.
Paris41 ans27 %
Bordeaux44 ans37,5 %
Lyon47 ans25 %
Marseille42,5 ans32 %
Toulouse51,5 ans29 %
Versailles41 ans34 %
Grenoble48 ans24 %
Lille45 ans30 %
Rouen42 ans20 %
Rennes46,5 ans40 %
Poitiers56 ans25 %

Versailles : un écart à profil de victimes comparable. Les victimes y ont le même âge médian qu’à Paris (41 ans) et un taux de déficit voisin (34 % contre 27 %). La médiane versaillaise est pourtant nettement plus élevée (environ 29 000 € contre 16 500 €). L’écart se retrouve en ne comparant que les cours d’appel : environ 24 600 € à Versailles (quinze arrêts), 15 500 € à Paris (douze arrêts). L’arrêt versaillais commenté plus bas retient un renouvellement tous les cinq ans et une indemnisation en capital ; une périodicité courte suffit à relever sensiblement le montant capitalisé.

Toulouse : des montants élevés pour des victimes plutôt âgées. Avec un âge médian de 51,5 ans, les victimes y sont parmi les plus âgées, ce qui devrait tirer la médiane vers le bas ; elle figure pourtant au deuxième rang.

Poitiers : les victimes les plus âgées. Le siège au montant médian le plus bas est aussi celui où les victimes sont les plus âgées (56 ans), à taux de déficit ordinaire (25 %). Son rang est conforme à ce que laisse attendre la capitalisation.

Rennes : des séquelles lourdes, des montants bas. Le taux médian de déficit y est le plus élevé (40 %) pour un âge moyen ; la médiane reste pourtant parmi les plus basses.

Deux réserves s’imposent. Un siège réunit des juridictions des deux ordres et des deux degrés, dont les médianes diffèrent (voir plus haut). Et les effectifs, d’une quinzaine à une quarantaine de décisions, invitent à lire ces écarts comme des indices de pratiques locales, notamment sur la périodicité de renouvellement, plutôt que comme des barèmes de ressort.

Un mode de calcul commun

Qu’il s’agisse d’une boîte de vitesses automatique ou de l’aménagement complet d’un véhicule, les décisions judiciaires qui détaillent leur calcul raisonnent en trois temps :

  1. le surcoût, c’est-à-dire la différence entre le prix du véhicule adapté et celui d’un véhicule ordinaire, et non la valeur du véhicule lui-même ;
  2. la périodicité de renouvellement, fixée entre cinq et sept ans ; dans les décisions commentées plus bas, la victime soutient cinq ans, le débiteur six à dix ans ;
  3. la capitalisation du surcoût annualisé, par le prix de l’euro de rente viagère à l’âge de la victime au premier renouvellement.

L’indemnité s’écrit alors : surcoût du premier achat + (surcoût ÷ durée de renouvellement) × prix de l’euro de rente. Le choix de la périodicité et celui du barème de capitalisation pèsent autant que le surcoût lui-même : à surcoût égal, passer de cinq à sept ans réduit d’environ 30 % la part capitalisée. C’est aussi par ce terme que l’âge de la victime entre dans le calcul.

Le tribunal administratif de Toulon, commenté plus bas, procède par une évaluation globale, sans détailler la capitalisation.

Sept décisions commentées

Les médianes masquent les espèces. Les sept décisions qui suivent montrent ce que les juridictions indemnisent sous ce poste et comment elles en fixent le montant.

Le surcoût, non le véhicule. La cour d’appel de Douai (11 mai 2023, n° 20/02260) statue sur la demande d’une victime tétraplégique qui sollicitait 1 666 151,61 € pour l’achat, tous les cinq ans, d’un véhicule haut de gamme et de son aménagement ; les défendeurs offraient 289 222,05 € avant partage, sur la base d’un renouvellement tous les dix ans. La cour rappelle que l’indemnisation porte « seulement [sur] la différence de prix » entre le véhicule adapté et celui dont se satisfaisait la victime, relevant que celle-ci n’a jamais été titulaire du permis ni propriétaire d’un véhicule. Elle retient le seul coût de l’aménagement (85 506,98 €), renouvelé tous les sept ans et capitalisé à l’âge de 38 ans, et fixe le poste à 602 529,01 € avant limitation du droit à indemnisation.

La cour d’appel de Rennes, statuant en matière de sécurité sociale (11 juin 2025, n° 22/06295), pose le principe en une phrase : « Il s’agit en l’espèce d’indemniser un besoin et non une dépense. » Elle additionne le surcoût d’une boîte automatique (2 500 €) et d’une fourche au volant (405,12 €), retient un renouvellement tous les sept ans, et porte l’indemnité à 15 820,03 € contre 12 905,73 € en première instance, montant qui correspondait à l’offre de la société défenderesse.

Périodicité et barème : là se joue le montant. La cour d’appel de Versailles (19 févr. 2026, n° 22/06204) écarte l’achat d’un véhicule neuf, faute de preuve que celui de la victime ne pouvait être adapté, mais retient le surcoût d’une boîte automatique (4 400 €) et l’aménagement du véhicule (11 458,36 €), une dépense qui « doit être renouvelée tous les cinq ans ». Elle préfère le capital à la rente proposée par l’un des défendeurs, jugeant cette forme « plus adaptée pour faire face à ces dépenses ponctuelles », et alloue 139 499,64 €. La victime demandait 237 046,32 €, l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) offrait 66 884 € en retenant un renouvellement tous les sept ans ; le tribunal avait alloué 122 785 €.

Devant la cour d’appel de Poitiers (10 févr. 2026, n° 24/00543), le surcoût de 2 144,37 € n’était pas discuté ; les parties s’opposaient sur le rythme (cinq ou six ans) et le barème. La victime demandait 21 194,95 €, l’assureur la confirmation du jugement (12 921,28 €). La cour retient six ans, écarte le barème Jaumain, jugé « inadapté », au profit du barème de la Gazette du Palais 2025 (table prospective), et alloue 13 576,06 €. Elle ajoute que le choix entre boîte automatique et pédale d’embrayage aménagée « relève de la victime ».

Le tribunal judiciaire de Paris (11 oct. 2024, n° 22/09982) ramène une demande de 14 095,68 €, fondée sur un renouvellement tous les cinq ans, à 9 670,85 € : même surcoût de 1 600 €, mais renouvellement tous les sept ans et barème de la Gazette du Palais 2022 à 0 %.

La preuve du besoin. Dans la même décision parisienne, l’assureur s’opposait à toute indemnisation, l’expert n’ayant pas retenu le poste. Le tribunal passe outre : la question avait été soumise à l’expert par un dire resté sans réponse, et les douleurs à la conduite d’un véhicule à boîte manuelle étaient objectivées par l’imagerie.

À l’inverse, la cour d’appel d’Aix-en-Provence (21 août 2025, n° 23/02251) refuse de porter à 20 000 € l’indemnité de 9 214,29 € allouée par le tribunal judiciaire de Marseille : la victime ne produit ni devis ni facture, et « le préjudice allégué ne pouvant être apprécié de manière forfaitaire », le jugement est confirmé.

Le tribunal administratif de Toulon (10 févr. 2025, n° 2201380) s’appuie sur le devis produit : 1 900 € de différence entre boîte automatique et boîte manuelle, « à changer tous les six ans », soit 316,66 € par an ; il évalue le poste à 6 418,43 €, par « juste appréciation » et sans exposer de capitalisation.

Lire un montant. Une somme allouée au titre des frais de véhicule adapté agrège presque toujours un premier achat et des renouvellements capitalisés : elle dépend de l’âge de la victime au premier renouvellement et de la périodicité retenue autant que du prix de l’équipement. Deux montants proches peuvent ainsi recouvrir un aménagement lourd pour une victime âgée et une simple boîte automatique pour une victime jeune. Enfin, le montant fixé par le juge précède, le cas échéant, la réduction liée à la faute de la victime ou la répartition entre débiteurs : à Douai, 40 % seulement des 602 529,01 € sont mis à la charge du responsable ; à Versailles, les 139 499,64 € sont répartis entre l’ONIAM et deux autres débiteurs.

Réserve

Ce rapport a été produit avec l’assistance d’une intelligence artificielle générative, sous la direction scientifique de Christophe Quézel-Ambrunaz. Les chiffres et indicateurs sont calculés à partir du corpus Themia ; les interprétations restent à la charge du lecteur. Les références jurisprudentielles citées ont vocation à être vérifiées avant tout usage professionnel.