Dommage corporel
Incidence professionnelle : composantes et déterminants des montants alloués
Les juges nomment les composantes de l’incidence professionnelle (dévalorisation, pénibilité, reconversion, retraite), puis fixent une somme globale d’environ 20 000 € en médiane, quelle que soit la composante. Le montant suit l’âge de la victime à la consolidation et son taux de déficit fonctionnel permanent. Il varie du simple au double selon l’ordre de juridiction. Étude des décisions judiciaires et administratives de 2022 à 2026.
Le poste. Dans la nomenclature Dintilhac, l’incidence professionnelle est un poste de préjudice patrimonial permanent de la victime directe. Elle répare les conséquences de l’invalidité dans la sphère professionnelle autres que la perte de revenus, qui relève des pertes de gains professionnels futurs. Les juridictions en rappellent régulièrement le contenu : dévalorisation sur le marché du travail, perte de chance professionnelle, augmentation de la pénibilité de l’emploi, changement d’emploi ou de poste, perte de droits à la retraite, frais de reclassement ou de formation, dévalorisation sociale liée à l’exclusion du monde du travail.
La question. Ce rapport mesure deux choses : ce que les juges indemnisent sous ce poste, c’est-à-dire les composantes qu’ils retiennent, et combien ils allouent. Il met ensuite ces montants à l’épreuve d’un maximum de variables : âge de la victime à la consolidation, taux de déficit fonctionnel permanent, fait générateur, ordre et degré de juridiction, cour d’appel, sexe, nature des atteintes, cumul avec une perte de gains professionnels futurs, année de la décision.
La cohorte. Décisions des juridictions judiciaires et administratives du corpus Themia, rendues de 2022 à 2026, qui fixent une somme au titre de l’incidence professionnelle de la victime directe. Sauf mention contraire, les montants sont les sommes fixées par la juridiction (et non les demandes ou les offres). Ils s’entendent avant imputation des prestations des tiers payeurs.
Lecture des chiffres. Le nombre indiqué sous chaque graphique (n) est le nombre de sommes retenues dans la strate. Les tableaux rédigés portent sur l’ensemble des sommes allouées du corpus ; leurs effectifs peuvent différer légèrement de ceux des graphiques. L’âge est l’âge à la consolidation.
Incidence professionnelle allouée : médiane et dispersion
Recalculé le 23 septembre 2026
Demande, offre, décision : trois niveaux très écartés
Sur l’ensemble du corpus, les trois positions sur le poste se situent à des niveaux nettement distincts.
| Position | Sommes chiffrées | Médiane | La moitié centrale entre | Un dixième au-delà de |
|---|---|---|---|---|
| Demande de la victime | 5 238 | 44 100 € | 16 400 et 92 600 € | 198 600 € |
| Offre du défendeur | 1 401 | 8 000 € | 2 000 et 20 000 € | 30 000 € |
| Décision | 4 191 | 18 900 € | 8 000 et 41 800 € | 77 200 € |
La médiane des sommes allouées représente environ 43 % de la médiane des sommes demandées, et un peu plus du double de la médiane des offres. Au moins une offre sur dix est nulle : le défendeur conclut alors au rejet du poste.
Ces trois médianes portent sur des populations différentes (toutes les décisions ne rapportent pas l’offre) : elles donnent des ordres de grandeur, non la part obtenue dans chaque espèce.
Six composantes, un montant qui ne les distingue pas
Les motifs de 5 580 décisions identifient au moins une composante de l’incidence professionnelle. Une même décision en retient souvent plusieurs : la somme des fréquences dépasse donc 100 %.
| Composante | Décisions qui la retiennent | Part | Médiane allouée (n) |
|---|---|---|---|
| Dévalorisation sur le marché du travail | 4 197 | 75 % | 20 000 € (1 973) |
| Augmentation de la pénibilité | 2 673 | 48 % | 16 000 € (1 442) |
| Perte de droits à la retraite | 781 | 14 % | 21 000 € (369) |
| Frais de reconversion professionnelle | 385 | 7 % | 17 500 € (197) |
| Perte du lien social professionnel | 332 | 6 % | 20 000 € (159) |
| Diminution de l’intérêt professionnel | 194 | 3 % | 17 500 € (104) |
Deux composantes dominent. La dévalorisation sur le marché du travail figure dans trois décisions sur quatre, la pénibilité accrue dans une sur deux. Les autres composantes — retraite, reconversion, lien social, intérêt du travail — restent minoritaires.
Le montant ne varie guère selon la composante. Toutes les médianes se tiennent entre 16 000 et 21 000 €. Le poste est le plus souvent fixé par une somme globale, sans ventilation entre ses composantes. Seule la perte de droits à la retraite donne parfois lieu à un calcul distinct, par capitalisation d’une perte de pension (voir les décisions commentées).
Les composantes n’ont pas le même profil de victime.
| Composante | Victimes de moins de 40 ans | Victimes de 50 ans et plus | Accidents du travail et maladies professionnelles | Accidents de la circulation |
|---|---|---|---|---|
| Dévalorisation sur le marché du travail | 43 % | 31 % | 24 % | 41 % |
| Augmentation de la pénibilité | 46 % | 28 % | 8 % | 59 % |
| Perte de droits à la retraite | 28 % | 46 % | 21 % | 41 % |
| Frais de reconversion professionnelle | 50 % | 17 % | 19 % | 51 % |
| Perte du lien social professionnel | — | — | 26 % | 34 % |
La reconversion est retenue pour des victimes jeunes (une sur deux a moins de 40 ans à la consolidation). La perte de droits à la retraite concerne des victimes âgées (près d’une sur deux a 50 ans ou plus). La pénibilité accrue est surtout retenue après un accident de la circulation et rarement dans le contentieux des accidents du travail, où la dévalorisation et la perte du lien social pèsent davantage.
L’incidence professionnelle décroît avec l’âge à la consolidation
La médiane décroît régulièrement avec l’âge de la victime à la consolidation :
- 10 à 20 ans : 40 000 €
- 20 à 30 ans : 30 000 €
- 30 à 50 ans : 20 000 €
- 50 à 60 ans : 15 000 €
- 60 à 70 ans : 10 000 €
Entre la victime âgée de moins de 20 ans et celle qui approche de la fin de sa vie active, la médiane est divisée par quatre. Au-delà de 70 ans, les sommes allouées deviennent rares.
- 0–10 ans40 000 €
- 10–20 ans40 000 €
- 20–30 ans30 000 €
- 30–40 ans20 000 €
- 40–50 ans20 000 €
- 50–60 ans15 000 €
- 60–70 ans10 000 €
- 70–80 ans9 000 €
- 80–90 ans1 800 €
Recalculé le 23 septembre 2026
L’incidence professionnelle croît avec le taux de déficit fonctionnel permanent
Les barres donnent la médiane par tranche de dix points de déficit ; la bande, l’intervalle où se situe la moitié centrale des sommes allouées.
- Moins de 10 % : 10 000 €
- 10 à 20 % : 20 000 €
- 20 à 40 % : 25 000 à 30 000 €
- 40 à 60 % : 40 000 €
- 60 à 70 % : 50 000 €
La médiane double entre un déficit léger et un déficit de 10 à 20 %, puis progresse plus lentement. Au-delà de 70 %, les effectifs sont faibles et les médianes irrégulières, entre 35 000 et 96 000 € (la dernière barre correspond aux déficits de 100 %).
Recalculé le 23 septembre 2026
Âge et gravité croisés : les deux déterminants se cumulent
L’âge et le taux de déficit fonctionnel permanent évoluent en partie ensemble dans le corpus. Pour isoler l’un et l’autre, le tableau donne l’incidence professionnelle allouée médiane à taux et à âge donnés (entre parenthèses, le nombre de sommes ; cellules de moins de 20 sommes omises).
| Taux de D.F.P. | Moins de 30 ans | 30 à 39 ans | 40 à 49 ans | 50 à 59 ans | 60 ans et plus |
|---|---|---|---|---|---|
| Moins de 10 % | 15 000 € (210) | 15 000 € (298) | 10 000 € (305) | 8 000 € (278) | 6 000 € (59) |
| 10 à 19 % | 30 000 € (179) | 25 000 € (223) | 20 000 € (274) | 15 000 € (272) | 9 000 € (62) |
| 20 à 29 % | 40 000 € (95) | 40 000 € (100) | 39 800 € (101) | 20 000 € (136) | 12 000 € (29) |
| 30 à 39 % | 54 400 € (56) | 25 000 € (57) | 30 000 € (50) | 30 000 € (39) | 5 000 € (20) |
| 40 à 49 % | 88 700 € (23) | 30 000 € (27) | 35 000 € (44) | 15 000 € (30) | — |
À taux égal, l’âge compte. Pour un déficit de 10 à 19 %, la médiane passe de 30 000 € avant 30 ans à 15 000 € entre 50 et 59 ans, puis à 9 000 € au-delà de 60 ans. Pour un déficit inférieur à 10 %, elle passe de 15 000 € à 6 000 €.
À âge égal, le taux compte, mais surtout chez les jeunes. Avant 30 ans, la médiane est multipliée par près de six entre un déficit inférieur à 10 % et un déficit de 40 à 49 %. Après 60 ans, elle reste entre 5 000 et 12 000 € quel que soit le taux.
Les montants les plus élevés vont aux victimes jeunes et gravement atteintes. À l’approche de la fin de la vie active, le taux de déficit ne fait presque plus varier le montant. Certaines décisions motivent expressément le montant par la durée de vie professionnelle restante : la victime a « encore au moins vingt années de vie professionnelle devant lui », relève la cour d’appel de Nancy le 3 sept. 2026.
Fait générateur : l’accident de la circulation en tête
- Accident de la circulation : médiane de 25 000 €, la plus élevée parmi les contentieux de volume.
- Accident du travail et maladie professionnelle, accident médical et infection nosocomiale, infraction pénale, autre régime de responsabilité : médianes comprises entre 15 000 et 20 000 €.
- Acte de terrorisme : 30 000 €, sur un effectif réduit.
L’écart entre faits générateurs reste modéré : de 15 000 à 25 000 € pour les contentieux les plus nombreux. Une même décision peut relever de plusieurs faits générateurs.
- Accident de circulation25 000 €
- Accident du travail et maladie professionnelle20 000 €
- Accident médical et infection nosocomiale15 000 €
- Acte de terrorisme30 000 €
- Autre régime de responsabilité20 000 €
- Infraction pénale15 000 €
Recalculé le 23 septembre 2026
Ce qui est demandé, ce qui est obtenu, selon le fait générateur
Le fait générateur distingue moins les montants alloués (graphique précédent) que les demandes et, surtout, la fréquence à laquelle une somme est effectivement fixée.
| Fait générateur | Demande médiane | Sommes allouées pour 100 demandes chiffrées |
|---|---|---|
| Accident de la circulation | 49 900 € | 96 |
| Accident médical et infection nosocomiale | 50 000 € | 78 |
| Autre régime de responsabilité | 40 000 € | 79 |
| Infraction pénale | 25 000 € | 76 |
| Accident du travail et maladie professionnelle | 30 000 € | 54 |
Accident médical : l’écart le plus large. Les victimes y demandent autant qu’en matière de circulation (50 000 €), mais la médiane allouée y est inférieure de 10 000 € (15 000 € contre 25 000 €). Une grande partie de ce contentieux relève de l’ordre administratif (voir plus bas).
Accidents du travail : une somme fixée une fois sur deux. Pour 100 demandes chiffrées, on compte environ 54 sommes allouées, contre 96 en matière de circulation. Le contexte juridique éclaire ce chiffre : lorsque la faute inexcusable de l’employeur est reconnue, la rente majorée répare, selon la jurisprudence de la Cour de cassation, les pertes de gains professionnels et l’incidence professionnelle de l’incapacité. Seul le préjudice résultant de la perte ou de la diminution des possibilités de promotion professionnelle (art. L. 452-3 du code de la sécurité sociale) est réparé à part. Les sommes allouées dans ce contentieux peuvent relever de configurations particulières : action contre un tiers responsable, victime relevant d’un régime statutaire, perte de possibilités de promotion.
Le nombre de sommes allouées pour 100 demandes chiffrées rapproche deux comptages du corpus. Il indique un ordre de grandeur, et non un taux de rejet mesuré décision par décision.
Juridiction : l’ordre administratif alloue deux fois moins
- Tribunal judiciaire : 20 000 €
- Cour d’appel : 30 000 €
- Tribunal administratif : 10 000 €
- Cour administrative d’appel : 15 000 €
À degré égal, la médiane de l’ordre administratif est la moitié de celle de l’ordre judiciaire. Dans chaque ordre, la médiane d’appel dépasse de moitié celle de la première instance. Les dossiers ne sont toutefois pas les mêmes : dans les décisions qui statuent sur l’incidence professionnelle, le taux médian de déficit fonctionnel permanent est de 15 % devant les cours d’appel contre 9 % devant les tribunaux judiciaires.
- Cour administrative d'appel15 000 €
- Cour d'appel30 000 €
- Tribunal administratif10 000 €
- Tribunal judiciaire20 000 €
Recalculé le 23 septembre 2026
Fait générateur et juridiction croisés
Incidence professionnelle allouée, médiane par fait générateur et par juridiction (entre parenthèses, le nombre de sommes ; « — » : effectif insuffisant).
| Fait générateur | Tribunal judiciaire | Cour d’appel | Tribunal administratif | Cour administrative d’appel |
|---|---|---|---|---|
| Accident de la circulation | 20 000 € (919) | 30 000 € (612) | — | — |
| Accident du travail et maladie professionnelle | 17 500 € (295) | 20 000 € (321) | 15 000 € (150) | 15 000 € (27) |
| Accident médical et infection nosocomiale | 20 000 € (186) | 20 000 € (137) | 10 000 € (444) | 14 500 € (169) |
| Autre régime de responsabilité | 15 000 € (187) | 25 300 € (142) | 12 900 € (63) | 12 500 € (30) |
- Accident de la circulation : 20 000 € au tribunal judiciaire, 30 000 € en cour d’appel. C’est là que l’écart entre première instance et appel est le plus marqué.
- Accident du travail et maladie professionnelle : 17 500 € au tribunal judiciaire, 20 000 € en cour d’appel, 15 000 € dans l’ordre administratif.
- Accident médical : 20 000 € devant le tribunal judiciaire comme devant la cour d’appel, contre 10 000 € au tribunal administratif et 14 500 € en cour administrative d’appel.
À fait générateur identique, l’ordre administratif alloue moins que l’ordre judiciaire dans chaque configuration où la comparaison repose sur des effectifs suffisants. Les cellules de la cour administrative d’appel pour les accidents du travail et les autres régimes reposent sur une trentaine de sommes : lecture indicative.
L’accident médical permet de comparer les deux ordres à fait générateur constant : il relève du juge judiciaire lorsqu’il survient dans un établissement privé ou chez un praticien libéral, du juge administratif lorsqu’il survient dans un établissement public.
| Accident médical | Tribunal judiciaire | Cour d’appel | Tribunal administratif | Cour administrative d’appel |
|---|---|---|---|---|
| Incidence professionnelle allouée, médiane | 20 000 € | 20 000 € | 10 000 € | 14 500 € |
À fait générateur identique, la médiane du tribunal administratif est moitié moindre que celle du tribunal judiciaire. La cour administrative d’appel ne comble pas l’écart.
Les victimes jugées par l’ordre administratif ne sont pas moins atteintes. Tous faits générateurs confondus, le taux médian de déficit fonctionnel permanent des victimes est de 15 % devant le tribunal administratif et de 18 % devant la cour administrative d’appel, contre 9 % devant le tribunal judiciaire et 15 % devant la cour d’appel.
Les demandes sont un peu plus basses en première instance, identiques en appel. Tous faits générateurs confondus, la demande médiane s’élève à 30 900 € devant le tribunal administratif contre 42 200 € devant le tribunal judiciaire, et à 50 000 € devant les deux juridictions d’appel. En appel, à demande médiane égale, la cour administrative d’appel alloue la moitié de ce qu’alloue la cour d’appel.
La motivation du juge administratif sur ce poste peut tenir en quelques lignes. La cour administrative d’appel de Marseille (7 juill. 2026, n° 23MA03052) relève ainsi une « augmentation de la pénibilité du travail due en particulier à une fatigue chronique intense » et un retour à l’emploi qui « requiert un emploi adapté, à mi-temps », puis confirme l’indemnité de 3 000 € allouée par les premiers juges.
D’une cour d’appel à l’autre : du simple au triple
Entre cours d’appel, les médianes d’incidence professionnelle allouée s’échelonnent de 15 000 à 47 000 € (cours ayant fixé au moins 40 sommes).
| Cour d’appel | Sommes allouées | Médiane | La moitié centrale entre |
|---|---|---|---|
| Caen | 60 | 47 000 € | 9 900 et 81 500 € |
| Nîmes | 67 | 30 500 € | 15 000 et 54 200 € |
| Aix-en-Provence | 286 | 30 000 € | 10 000 et 50 000 € |
| Bordeaux | 96 | 30 000 € | 17 600 et 61 100 € |
| Douai | 84 | 30 000 € | 15 000 et 50 000 € |
| Versailles | 81 | 30 000 € | 15 000 et 80 600 € |
| Pau | 46 | 26 200 € | 10 000 et 94 200 € |
| Paris | 247 | 25 000 € | 10 000 et 50 000 € |
| Rennes | 62 | 25 000 € | 15 000 et 58 800 € |
| Toulouse | 75 | 25 000 € | 10 000 et 40 200 € |
| Grenoble | 96 | 20 000 € | 10 000 et 40 000 € |
| Lyon | 58 | 20 000 € | 10 500 et 38 000 € |
| Montpellier | 47 | 20 000 € | 9 000 et 50 000 € |
| Rouen | 43 | 15 000 € | 5 000 et 52 500 € |
Sur des effectifs plus réduits (20 à 40 sommes), la cour d’appel de Nancy se situe à 40 000 €, celles d’Orléans et d’Amiens autour de 10 000 €.
La médiane la plus fréquente parmi les cours est 30 000 €, et la plupart des cours se tiennent entre 20 000 et 30 000 €. Ces médianes ne neutralisent ni l’âge, ni le taux de déficit, ni le fait générateur, dont la répartition varie d’une cour à l’autre. Elles décrivent le contentieux effectivement jugé par chaque cour, et non un barème propre à chacune.
Sexe de la victime
La médiane s’établit à 20 000 € pour les hommes et à 18 000 € pour les femmes, soit un écart d’environ 10 %. Les hommes représentent six victimes sur dix. La répartition des composantes diffère peu selon le sexe : les femmes représentent entre 36 % (frais de reconversion) et 44 % (diminution de l’intérêt professionnel) des victimes pour chaque composante.
- Féminin18 000 €
- Masculin20 000 €
Recalculé le 23 septembre 2026
Nature des atteintes
Pour les dix atteintes les plus fréquentes, la médiane varie peu : la plupart se situent entre 15 000 et 20 000 €. Les troubles sexuels se détachent vers le haut ; l’anxiété et les autres atteintes physiques vers le bas, autour de 10 000 €.
Une même victime présente souvent plusieurs atteintes : les strates se recoupent. La nature de l’atteinte se lit ici comme un marqueur du tableau séquellaire, non comme une variable isolée. Elle distingue beaucoup moins les montants que l’âge ou le taux de déficit.
- Anxiété7 500 €
- Autres atteintes physiques10 000 €
- Cicatrices15 000 €
- Dépression15 000 €
- Douleurs15 000 €
- Fractures20 000 €
- Séquelles neurologiques20 000 €
- Syndrome post-traumatique20 000 €
- Troubles locomoteurs20 000 €
- Troubles sexuels40 000 €
Recalculé le 23 septembre 2026
Cumul avec une perte de gains professionnels futurs : une incidence professionnelle plus élevée
L’incidence professionnelle est distincte de la perte de revenus. On pourrait s’attendre à ce que le poste soit réduit lorsque la décision indemnise déjà une perte de gains professionnels futurs. Dans le corpus, c’est l’inverse qui s’observe.
| Configuration | Sommes allouées | Médiane | La moitié centrale entre |
|---|---|---|---|
| Avec perte de gains professionnels futurs | 1 264 | 25 000 € | 10 000 et 50 000 € |
| Sans perte de gains professionnels futurs | 2 927 | 16 500 € | 6 100 et 36 600 € |
Lorsque les deux postes coexistent, la médiane de l’incidence professionnelle est plus élevée d’environ la moitié. Dans les décisions commentées plus bas, ce cumul accompagne une inaptitude à l’emploi antérieur ou une exclusion du monde du travail : la perte de revenus y est réparée par un poste, la dévalorisation, la pénibilité ou l’exclusion par l’autre. Les défendeurs invoquent parfois un risque de double indemnisation. La cour d’appel de Douai (28 mai 2026, n° 23/05041) écarte l’argument : si la perte de revenus est déjà indemnisée au titre des pertes de gains professionnels futurs, la victime « subit un préjudice distinct lié à la dévalorisation sociale ».
Évolution annuelle : des montants stables
Depuis 2023, la médiane annuelle se tient à 20 000 € (21 000 € en 2023), sans tendance à la hausse ni à la baisse. L’année 2022, plus faiblement représentée dans le corpus, s’établit à 15 000 €. Aucune revalorisation du poste n’est perceptible sur la période.
Recalculé le 23 septembre 2026
Six décisions commentées
Les médianes masquent les espèces. Les six arrêts qui suivent, tous rendus en 2026, montrent comment les cours d’appel qualifient l’incidence professionnelle et comment elles en fixent le montant.
La reconversion forcée : même composante, montants du simple au triple. La cour d’appel de Poitiers (1re ch., 26 mai 2026, n° 24/02095) juge le cas d’un restaurateur contraint de devenir agent immobilier. Elle relève qu’il « a été dans l’obligation de se reconvertir professionnellement ce qu’il a fait après avoir travaillé depuis l’âge de 16 ans dans le domaine de la restauration », et qu’il subit une pénibilité accrue « en dépit de sa reconversion contrainte ». Demande : 126 980 €, frais de formation compris. L’assureur conclut au débouté, faute de perte de revenus. Le tribunal avait fixé 25 000 € ; la cour porte le poste à 30 000 €. La cour d’appel de Douai (3e ch., 28 mai 2026, n° 24/04914) retient la même composante pour une cuisinière de 48 ans à la consolidation, atteinte d’un déficit de 7 %, et relève « l’obligation […] de se reconvertir dans une profession autre que dans le secteur de la restauration ». Demande : 50 000 €. Décision : 10 000 €, somme qui « répond à la réparation intégrale sans pertes ni profits ».
La pénibilité accrue, y compris contre l’avis de l’expert de l’assureur. La cour d’appel de Nancy (2e ch., 3 sept. 2026, n° 25/01759) juge un chauffeur de poids lourd de 43 ans, atteint d’une raideur douloureuse du poignet (déficit de 7 %). L’expert de l’assureur concluait à l’absence d’incidence professionnelle. La cour retient pourtant la pénibilité et la dévalorisation « nonobstant l’appréciation contraire de l’expert de la compagnie d’assurance » et tient compte de ce que la victime a « encore au moins vingt années de vie professionnelle devant lui ». Elle alloue les 10 000 € demandés. La cour d’appel de Reims (ch. 1 civ. et com., 1er sept. 2026, n° 25/00726) confirme 120 000 € pour un étudiant devenu monophtalme, aujourd’hui agent de laboratoire, qui « peut escompter travailler encore 42 ans ». La cour évalue le poste en fonction de « la catégorie d’emploi exercée, la nature et l’ampleur de l’incidence, les perspectives professionnelles et l’âge de la victime ».
La perte de droits à la retraite : un forfait ou un calcul. La cour d’appel de Paris (pôle 4, ch. 11, 28 mai 2026, n° 22/06105) chiffre au point près la perte de retraite complémentaire d’un masseur-kinésithérapeute libéral : 66,86 points perdus, valorisés puis capitalisés selon le barème publié par la Gazette du Palais en 2022 au taux de 0 %. Le préjudice de retraite, base et complémentaire, est fixé à 27 835,04 €. À l’inverse, la cour d’appel de Douai (3e ch., 28 mai 2026, n° 23/05041) alloue 10 000 € à une assistante maternelle retraitée, exclue par une infection nosocomiale d’une activité qu’elle poursuivait. La somme intègre « les pertes de droits à la retraite que l’indemnisation de PGPF implique nécessairement ». Demande : 30 000 € ; les défendeurs concluaient au rejet ; le jugement, qui avait rejeté le poste, est infirmé.
Lire un montant. Une même somme recouvre, selon les décisions, une composante isolée ou plusieurs composantes appréciées globalement. Le montant dépend moins de l’étiquette retenue que de l’horizon professionnel restant à la victime, de la gravité des séquelles et du métier exercé. La perte de droits à la retraite peut être calculée à part ou fondue dans une somme globale. L’avis d’un expert sur l’existence d’une incidence professionnelle ne lie pas le juge.
Ce que révèle l’ensemble
Chaque variable testée, avec son effet sur la médiane de l’incidence professionnelle allouée :
| Variable | Effet observé sur la médiane allouée |
|---|---|
| Âge à la consolidation | Fort : de 40 000 € avant 20 ans à 10 000 € entre 60 et 70 ans |
| Taux de déficit fonctionnel permanent | Fort : de 10 000 € sous 10 % à 40 000 à 50 000 € entre 40 et 70 % |
| Âge et taux croisés | Cumulatif ; le taux pèse surtout chez les victimes jeunes |
| Ordre de juridiction | Fort : l’ordre administratif alloue environ moitié moins, y compris à fait générateur identique |
| Degré de juridiction | Net en ordre judiciaire : 30 000 € en appel contre 20 000 € en première instance |
| Cour d’appel | Dispersion de 15 000 à 47 000 €, à composition de contentieux non contrôlée |
| Fait générateur | Modéré sur le montant (15 000 à 25 000 €), fort sur la fréquence d’allocation (accidents du travail) |
| Cumul avec une perte de gains professionnels futurs | Médiane supérieure d’environ la moitié (25 000 € contre 16 500 €) |
| Composante retenue | Faible : 16 000 à 21 000 € quelle que soit la composante |
| Sexe de la victime | Faible : 20 000 € contre 18 000 € |
| Année de la décision | Nulle depuis 2023 : 20 000 € chaque année |
L’incidence professionnelle est un poste à composantes multiples, mais son montant ne se construit pas par addition de ces composantes. Les juges nomment la dévalorisation, la pénibilité, la reconversion ou la retraite, puis fixent une somme globale. Cette somme varie surtout avec deux grandeurs : l’âge de la victime à la consolidation et le taux de déficit fonctionnel permanent. L’écart entre ordres de juridiction (du simple au double) est de même ampleur que celui qui sépare un déficit inférieur à 10 % d’un déficit de 10 à 19 %.
Ce rapport a été produit avec l’assistance d’une intelligence artificielle générative, sous la direction scientifique de Christophe Quézel-Ambrunaz. Les chiffres et indicateurs sont calculés à partir du corpus Themia ; les interprétations restent à la charge du lecteur. Les références jurisprudentielles citées ont vocation à être vérifiées avant tout usage professionnel.
La moitié des décisions allouent moins de 20 000 € environ au titre de l’incidence professionnelle. Un quart allouent moins de 9 300 €, un dixième moins de 4 500 €. À l’autre extrémité, un quart dépassent 43 500 € et un dixième 80 000 €. Le poste va ainsi de la somme forfaitaire modeste, lorsque la répercussion professionnelle est légère, à des montants qui valorisent une carrière entière.